On devrait tous aller vivre ailleurs.

Je suis férocement antixéniophobie. FÉROCEMENT. Je n’arrive pas à rester de glace devant des généralisations ou des stéréotypes sur des peuples étrangers. Entendez-moi bien, je peux très bien regarder un film avec un personnage étranger caricatural. Exemple, j’adore Boondocks Saints, mais tous les personnages de ce film sont des caricatures d’une culture ou d’un groupe quelconque, les deux frères irlandais qui fument comme des cheminées, boivent comme des trous, vont à la messe tous les matins, les mafiosos italiens tous plus Gino les uns que les autres, les policiers bostonnais avec un accent à couper à la chainsaw et même l’agent du FBI gai qui est très badass, mais aussi maniéré au pas possible. Il y a une différence entre la caricature dans un but humoristique et les généralisations racistes et la peur de tout ce qui est différent.

Après la tragédie de Charlie Hebdo, j’ai refusé d’écrire un billet, j’avais déjà donné mes deux cennes sur le sujet du terrorisme et de sa relation avec la religion suite aux événements de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa, et j’avais trop mal à l’âme pour écrire. (https://matanteelise.com/2014/10/22/ceci-ne-concerne-pas-la-mousse-de-nombril/ ) Je ne me répèterai pas à propos de l’Islam et de sa non-compatibilité avec la violence, quiconque prend le temps de faire 5 minutes de recherche peux découvrir que le Coran appelle a l’amour et l’acceptation, pas à la violence. Et de toute façon, faites l’exercice mental suivant avant de dire aux musulmans qu’ils devraient dénoncer les terroristes et stopper les intégristes dans leur religion: demandez-vous ce que vous, personnellement, avez fait pour empêcher les prêtres pédophiles d’abuser des enfants, ou pour stopper les bombes posées par l’IRA. Si vous êtes catholiques et n’avez pas réussi à empêcher ces actes, êtes-vous aussi coupables qu’eux? Tous les catholiques sont des poseurs de bombes qui donnent leurs enfants en pâture à des prédateurs sexuels?

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Hmmm, relisez le dernier et le premier tweet de suite… hmmmm…..

Le 21 août 1997, je suis embarquée dans un avion de KLM en direction de Schiphol, l’aéroport d’Amsterdam et je suis revenue au Canada le 7 juillet 1998. Ces 10 mois et des poussières ont profondément transformé ma vision du monde. Je suis partie dans un pays étranger, non pas en touriste, mais pour aller me fondre dans la population. Je suis allée à l’école, j’ai appris la langue, j’ai vécu dans une famille néerlandaise, j’ai mangé du vla, des stroopwaffels, du Gouda frais (j’habitais à Gouda après tout) et du hagelslag (et ça me manque!!!!) et du chou rouge cuit et des dropjes (ça, ça me manque moins…) j’ai reçu des pepernotes par la tête à la Saint-Nicolas, j’ai fréquenté des protestants, des juifs, des musulmans, des Américains, des Australiens, des Vénézuéliens, des Mexicains, des Bosniaques, des Japonais, des Indonésiens. Je n’ai pas seulement regardé le pays à partir d’une plage touristique avec un guide qui nous explique les anectodes locales. J’ai, pendant un an, été une immigrante en pays étranger.

J’ai vécu cette expérience dans le cadre du programme AFS interculture, un organisme sans but lucratif créé pendant la Première Guerre mondiale par des Nord-Américains pour travailler comme ambulanciers sur les champs de bataille (AFS veut dire American Field Services, même si on dit souvent que ça veut dire Another Fat Student, parce que la découverte d’une nouvelle culture passe prioritairement par l’estomac). Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ils ont décidé de se consacrer à éviter qu’un autre conflit mondial éclate. Le programme d’échange étudiant est né d’une tentative de rapprocher les peuples éprouvés par les horreurs de la guerre.

« Nos valeurs fondamentales

Les programmes offerts par AFS permettent aux participants de s’ouvrir sur le monde, d’apprécier les différences culturelles et les intérêts universels qui existent entre les différents peuples de la terre. AFS croit en la dignité et en la valeur de chaque être humain quelles que soient sa nationalité ou sa culture. AFS encourage le respect des droits de la personne et des libertés individuelles sans distinction de race, de sexe, de langue, de religion ou de classe sociale. Les activités d’AFS Interculture Canada sont basées sur des valeurs de dignité, de respect des différences, de paix, de tolérance et de sensibilité.

Adopté au Congrès mondial en 1993. »

Source: http://www.afscanada.org/a-propos-afs/

Dans mon cas, on peut dire: mission accomplie! Je suis FÉROCEMENT antixénophobie. Pas parce que je me suis fait endoctriner dans une idéologie gauchiste quelconque, mais parce que j’ai marché dans les souliers des immigrants.

Et je l’ai eue facile, j’ai immigré dans une société occidentale démocratique et multiculturelle très similaire au Canada. J’étais une blanche occidentale dans un monde de blanc occidentaux. Mais la société néerlandaise de la fin des années 90 était tout de même très différente du Canada de cette époque et elle est probablement encore très différente.

D’un, tout le monde était blond ou roux, et plus grand que moi (je fais 5 pieds 7 et demi, je ne suis pas une géante, mais je suis rarement la plus petite du groupe…). Les néerlandais ne sont pas du tout froids, mais les contacts physiques sont réduits au minimum, j’ai serré la main de mes frères d’accueil à l’occasion de leurs anniversaires, et au moment de mon départ, et c’est tout. La machine à câlin que je suis était fortement déréglée là-bas. Il n’y a pas de conflits linguistiques là-bas, pourtant, le néerlandais n’est pas ce qu’on peut appeler une langue répandue. 90 % de la population parle 2 langues minimum et personne ne crie à l’assassinat de la langue si un resto a un nom anglais ou indonésien. (La situation est diamétralement différente en Belgique, mais c’est un autre pays, avec une autre histoire). Les Néerlandais ont littéralement volé leur pays à la mer, ils n’ont peur de rien. Ils ont un historique de tolérance religieuse, ayant servi de refuge aux protestants après les réformes. Ils ont vécu l’occupation nazie et sont donc férocement antidiscrimination et extrêmement opposés à toute forme d’intégrisme ou de fanatisme. Ce n’est pas une question d’être à la mode ou de se penser mieux que les autres parce qu’ils sont plus ouverts d’esprit, c’est inscrit dans leur histoire. Comme ici, au Québec, les efforts de la communauté britannique pour assimiler et faire disparaître la culture francophone après la Conquête teintent encore notre vision du peuple québécois et sont à la racine de notre farouche volonté de défendre notre identité et notre langue.

J’ai intégré inconsciemment tout cela là-bas, mais ce n’est que maintenant, 17 ans plus tard, que je réalise à quel point cette expérience a formé la personne que je suis. Celle qui peut parfaitement comprendre qu’un musulman fasse le ramadan tout en se considérant comme aussi québécois que moi. Parce qu’il l’est. Tout comme moi, j’ai été pendant près d’un an une Néerlandaise brunette grassouillette pas grande qui demandait du miel avec ses McCroquettes (ils m’ont regardé comme si je leur avais demandé de me faire cuire un burger de baleine) et qui regardait TV5. Non, il ne faut pas accepter de se mettre à terre face aux étrangers qui viennent vivre ici, notre société a des valeurs et des convictions auxquels les gens doivent se plier afin d’être des Québécois ( après tout, j’ai appris à manger mes McCroquettes avec de la mayonnaise et mes frites avec de la sauce aux arachides, c’est DIVIN en passant…), mais tout le monde doit avoir de droit d’au moins essayer de le devenir, sans être jugé comme un fainéant parce qu’il est latino, un criminel parce qu’il est noir, un batteur de femme parce qu’il est arabe, un perfectionniste parce qu’il est asiatique, un obsédé sexuel parce qu’il est gai, un prédateur sexuel parce qu’il est transgenre, un paresseux parce qu’il est gros, une émotive parce qu’elle est une femme, un inutile parce qu’il est vieux ou un déchet de la société sans considération pour la santé des autres parce qu’il est fumeur. (blogue à la défense de mes frères et soeurs nicotinomanes à venir, même si je ne pratique plus, je serai une fumeuse toute ma vie, comme les alcooliques restent des alcooliques, même après avoir arrêté de boire)

Ce n’est pas une affirmation naïve, ce n’est pas que je me cache la tête dans le sable et que je ne voit pas les dangers de la montée de l’intégrisme, ou que je ne comprends rien. Je comprends au contraire très bien. Je ferai toujours tout ce qui est en mon pouvoir pour combattre le fanatisme sous toutes ses formes, religieux ou autre. Et la défense à outrance de ce qui est considéré comme le VRAI Québec, ou les VRAIS hommes, ou les VRAIS américains, ou les VRAIS catholiques, ou les VRAIS italiens, ou les VRAIS juifs, sont des formes de fanatisme. Penser qu’il faut absolument être blanc, francophonne de naissance, catholique et séparatiste pour avoir le droit de se considérer comme un vrai québécois est un concept qui me fait vomir.

La xénophobie n’est jamais une bonne optique pour analyser une situation. De sauter aux conclusions et de construire des murs, physiques, sociaux ou légaux pour se garder des « ennemis de la culture », c’est se créer des ennemis, c’est empêcher les alliés les plus efficaces de nous aider. Je suis pour la laïcité de l’État, mais je suis pour un Québec mature et ouvert. J’aime mon identité culturelle et ma langue et je les défendrai toujours, mais d’encourager la qualité du français et défendre mon droit à célébrer la Saint-Jean-Baptiste ne m’empêche pas d’aimer le cinéma américain et la télé britannique. Je ne pense pas que les deux soient exclusifs et je pense que l’ouverture sur le monde nous donnera de bien meilleurs outils pour conserver notre culture.

Si la culture Québécoise est propagée et appréciée partout, elle ne disparaîtra jamais complètement, même après la mort du dernier francophone canadien. Céline et Bran Van 3000 passaient à la Radio Veronica quand je vivais à Gouda (je vous rappelles que c’était l’année de Titanic, Céline passait BEAUCOUP à Radio Veronica, en anglais ET en français, je n’échappait pas à « pour que tu m’aimes encore » même l’autre côté de l’Atlantique). Les gens étaient tous excités quand ils parlaient d’un spectacle du Cirque du Soleil qu’ils avaient vu à la télé. Ma conseillère AFS adorait les pièces de Michel Tremblay. Notre culture vit déjà un peu partout, pas autant que celle de nos voisins du sud, mais on est quand même partout. Protéger la culture québécoise, c’est créer et répandre cette culture, autant que la consommer et la préserver pour les générations futures. Je ne suis pas la plus grande admiratrice de Xavier Dolan en tant que personne (mais j’adore son travail), mais il fait autant pour le futur de la culture québécoise que Fred Pellerin. Même chose pour Jean-Marc Vallé et Denis Villeneuve, qui avec leur travail hollywoodien, viennent mettre, même subtilement, une empreinte québécoise dans la culture de masse. Et c’est merveilleux, ça me rend heureuse et je veux que ça continue comme ça.

Mais je veux aussi qu’on écoute les nouveaux arrivants et leurs enfants, ils ont des choses à contribuer. La culture québécoise n’est pas « apparue » ici par magie, c’est une évolution indépendante de la culture française. Pourquoi donc l’Argentine qui travaille avec moi ne pourrait donc pas greffer un peu de soleil dans notre société? Pourquoi l’Algérien que vous croisez dans la rue ne pourrait pas épicer la télé québécoise? Pourquoi Boucar Diouf serait moins important pour la culture que ses coanimateurs?

C’est parfois en regardant dans les yeux d’un autre qu’on peut mieux se voir tel que l’on est, il en est de même pour notre société. On a BESOIN des imigrants, pas seulement pour l’évolution démographique, mais parce que nous vivons au temps de la mondialisation et se fermer au reste du monde dans un but de protection, ça donne la Corée du Nord. Je suis pas très chaude à l’idée de Tremblay Jung Un…

http://www.afscanada.org/home/

Vous avez une question dont vous voudriez que Matante discute? Quelque chose vous chicotte et vous aimeriez avoir une opinion ouverte et respectueuse? Écrivez à Matante, votre question sera traitée anonymement sur le blogue. Peu importe le sujet, je suis curieuse et j’aime aider. RealMatanteElise@gmail.com

4 réflexions sur “On devrait tous aller vivre ailleurs.

  1. Je comprend mieux pourquoi tu parle cette langue là !!! 🙂
    Je suis d’accord qu’ont a besoin d’immigrants, mais pourrais t’on faire un tri dans ceux qui rentre ds notre pays…..

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    • Là tu entres dans des questions beaucoup trop compliquées pour être débattues ici. Ça dépend du type d’immigration: traditionelle, par alliance (mariage), illégale, ou les réfugiés politiques. C’est beaucoup plus compliqué qu’on le pense. Et il faut aussi penser que les immigrants viennent au CANADA, ils n’ont pas nécessairement le Québec comme objectif, et côté culture, c’est une grosse différence.

      En plus, dans beaucoups de pays, il y a des avocats spécialisés qui aident les gens à remplir les dossiers d’immigrations et leurs disent quoi dire et faire pour être admis. Pas facile de policer tout ça.

      C’est un débat auquel je ne m’attaquerai pas, parce que je ne veux pas faire de politique sur mon blogue, mais la « sélection » des immigrants, c’est pas si facile que ça.

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