Le remède miracle.

Ce midi, j’ai regardé la conférence TED Talks de Monica Lewinsky sur la cyberintimidation.

Pour l’instant il n’est disponible qu’en anglais, mais d’ici peu vous devriez avoir accès aux sous-titres en français. TED est assez efficace pour la traduction.

L’intimidation est un sujet à la mode ces temps-ci, tellement que les professeurs, directeurs et travailleurs sociaux de certaines écoles en font des cauchemars. Je travailles au ministère de la Famille, on est TRÈS au courant de la définition de l’intimidation, c’est notre Ministre qui est responsable du dossier et donc certaines directrices ont frappées des murs quand elles ont tenté d’accuser les fils de mes collègues d’êtres des intimidateurs sans fondement. Mais c’est un autre sujet et je n’ai pas les compétence pour en parler.

Ce que je connaît très bien par contre, c’est l’humiliation et ses répercussions.

C’est vrai que l’école est un terreau fertile pour l’intimidation et l’apprentissage de l’humiliation comme arme de destruction massive, mais le problème ne s’arrête pas à la sortie du secondaire, loin de là.

C’est un réflexe humain que de penser qu’en prouvant que quelqu’un est moins bien que nous, nous allons nous valider et se sentir mieux.

Encore aujourd’hui quand je commente un post publique sur internet (et ce, peu importe le ton de mon commentaire, calme et informé ou agressif et émotionnel, ça ne change rien, la réponse est toujours la même), il y a toujours un commentateur hyper intelligent et mature (ou une commentatrice hyper intelligente et mature, la méchanceté est un des rares champs de la société ou l’égalité est effective, et l’âgisme innexistant, tous les âges, origines ethniques et sexes et, j’imagine, les orientation sexuelles, sont représentées) qui va jeter un coup d’oeil à ma page, voit une photo de moi et décide que le fait que j’ai un surplus de poids rend IMMÉDIATEMENT tous mes arguments totalement invalidés parce que je suis une grosse. Et je me retrouve inondée insultes sur mon poids et mes supposées frustrations sexuelles qui justifieraient que je prenne le risque de m’exprimer en publique. Parce que les grosses madames sont censées ne pas exister, et s’exprimer en publique est une offense qui autorise toutes les tactiques nécessaire pour faire cesser cette insulte à l’univers qu’est le fait que j’existe sans avoir un corps de mannequin. Si j’avais le dit corps de mannequin, je supposes que les jokes de bimbos remplaceraient celles de grosse vache.

En quoi mon poids a rapport à moins que je ne commente sur la difficulté magasiner quand on habille une taille 0, je ne sais pas, mais c’est inévitable, à tous les coups, la grosse mal baisée s’énerve parce que personne veux la fourrer. (Les termes exacts, à tout coups, ils sont vraiment hyper originaux).

Franchement, ce qui est le plus insultant, c’est pas de me faire traiter de grosse torche en manque de sexe, c’est le peu d’imagination que ces gens ont. Quoi, je ne mérite même pas que vous fassiez un petit effort d’imagination? Vous pensez être les premiers à me la sortir? Comme on, un peu d’efforts! Je serais même soulagée d’en avoir un qui me passe un commentaire sur mes lunettes ou mes cheveux courts, ça ferait changement…

Je ne m’étendrai pas sur le divan virtuel et vous parler de tous les dommages que ce genre de commentaire a sur moi, franchement, rendue à pratiquement 35 ans, je deal assez bien avec. Mais je ne vous dirai pas que ça ne me fait rien. C’est faux. Et ne croyez jamais quelqu’un qui vous dit que ce genre de commentaires ne leur fait rien. C’est faux. On apprend a vivre avec et on apprend à cesser de croire les imbéciles, mais ça pique toujours sur le coup. Et ça piquera toujours. C’est surtout de faire la paix avec le fait que ça piquera toujours qui est difficile. Mais c’est possible.

En vous disant ceci, je ne veux pas m’apitoyer sur mon sort, j’ai un sort pas trop mal en fin de compte. Oui c’est frustrant que les gens accordent plus d’importance à ce que j’ai l’air plutôt qu’à ce que j’ai à dire, mais c’est pas ça qui va m’empêcher de parler. Je dirai toujours ce que j’ai à dire et j’ai une excellente maîtrise de la fonction bloquer sur Facebook et de l’option silence de Twitter (qui devrait aussi être offerte sur Facebook en passant, parce que contrairement à la fonction bloquer, elle vous épargne les publications de l’abuseur, mais il ne le sait pas, et donc ne peux pas se glorifier d’avoir “gagné” un argument à coup de dégueulasseries) donc ce n’est pas demain la veille que je vais être chassée d’internet à cause de jokes de grosse. Je suis une nobody, ça a ses avantages.

Pour d’autres, les conséquences sont beaucoup plus graves et douloureuses. Mme Lewinsky est officiellement la première d’une longue série de personnes qui ont vu l’internet leur dérober toute leur dignité. Zoe Quinn, Anita Sarkeesian et Brianna Wu sont les trois symboles actuels de l’abus que des milliers de personnes subissent en ligne.

D’où vient cette cruauté? Ce n’est pas internet qui l’a créée, je la subissait bien avant ma première visite sur le www, le web lui a seulement donné une nouvelle avenue d’expression. Cette avenue semble encore, (mais est de moins en moins, j’y reviendrai) un lieu d’impunité, une tribune ou s’exprimer sans avoir à répondre de ses actes. Cette avenue d’expression a permis à des milliers de gens ostracisés de trouver un refuge ou être qui ils sont vraiment, homosexuels, transgenre, hadicapés, anxieux, dépressifs, etc. Tous ces gens que la société en général juge et rejette ont pu partager leurs expériences sans peur avec d’autres et briser leur solitude. Et c’est extraordinaire et le plus grand accomplissement d’internet. L’anonymat en ligne permets aux victimes d’abus de demander de l’aide, aux fétichistes de vivre leur sexualité sans peur à plein de gens blessés de trouver le réconfort, l’affection, l’acceptation et la sécurité que le monde hors-ligne leur refuse.

Malheureusement, dès les débuts d’internet, et encore plus maintenant avec l’avènement des réseaux sociaux, beaucoup ont profité de cet anonymat pour propager la haine et laisser aller leur cruauté à des niveaux mortels. Mme Lewinsky parles d’elle même, la première victime d’humiliation en ligne à l’échelle mondiale, et du cas de Tyler Clementi dans son allocution. Je vous ai déjà parlé dAudrie Potts et Reteah Pearson dans ce blogue. L’humiliation publique a des conséquences mortelles. Des membres virulents du Gamergate essaient ouvertement depuis août dernier d’utiliser le passé de dépressive de Zoe Quinn pour la pousser au suicide en usant de toutes les informations, vraies ou mensongère, sur lesquelles ils mettent la main pour l’humilier, la menacer, lui faire mal, détruire sa carrière, la forcer à se cacher. On parles ici ouvertement chercher à faire mourir quelqu’un à force de torture mentale.

C’est impossible pour moi de rester silencieuse face à ce genre de choses. Je ne suis personne, mais j’ai une grande gueule et j’ai fermement l’intention de m’en servir. Ce blogue où je discute des sujets qui me tiennent à cœur est une façon que j’ai d’essayer de faire prendre conscience aux gens des conséquences de leurs actions.

J’ai aussi commencé à commenter les différents status et posts qui véhiculent des messages avec un fond d’humiliation. Même si on parles de simple blagues, et que personne n’est nommé, de sous entendre que la peine d’amour d’une personne n’a pas de valeur parce qu’elle a eu beaucoup de partenaires sexuels véhicules le principe du slut-shaming (oui, c’est de là que vient mon billet à la défense des filles faciles de la semaine dernière). Qui êtes-vous pour décider à la place de quelqu’un d’autre de la valeur de ses sentiments? Qui êtes-vous pour prétendre connaître sa valeur morale?

Je ne le fais pas pour faire taire les gens, vous avez le droit de trouver la blague drôle et de la partager, je veux simplement que vous preniez 5 secondes pour penser à la signification de votre joke, et aux conséquences que ce genre de commentaire peux avoir lorsqu’il est tellement véhiculé “à la blague” qu’il devient une vérité immuable. L’idée n’est pas de tuer l’humour, mais de nourrir la réflexion, et je pense que tout comique qui se respecte cherche à faire réfléchir en même temps que rire, donc assumez votre côté humoriste jusqu’au bout.

Libre à vous d’en faire ce que vous voulez, vous pouvez effacer mon commentaire s’il ne vous plaît pas, (oui c’est tout à fait possible sur Facebook, vous avez le contrôle des commentaires de vos posts, vous pouvez me demander comment, ça va me faire plaisir de vous l’expliquer) mais sachez que je ne juge pas votre valeur en tant que personne et que je ne cherche pas à me lancer dans un débat sur votre droit à l’expression. Vous avez le droit de vous exprimez comme vous le voulez, mais ce droit s’étend à tous et donc, j’utilise le mien pour exprimer mon point de vue sur la blague. En aucun cas je ne cherche à vous faire retirer votre post ou a ce que vous vous excusiez ou défendiez votre point de vue. Je veux juste vous faire réfléchir, c’est tout.

Je ne suis pas un ange, et je partage des jokes sur internet qui, j’en suis certaine, véhiculent parfois des messages plus ou moins recommandables. Personne n’est parfait, et j’assume totalement mes actions. Donc vous pouvez aussi commenter mes jokes si vous les trouvez douteuses. Et si vous voulez débattre plus en profondeur du sens profond de mes jokes de pets, ou de vos jokes de blondes, la messagerie directe est peut-être plus appropriée que les commentaires. J’ai confiance en tous mes amis Facebook pour avoir l’intelligence de débattre du sujet plutôt que de monter dans les brancards et s’abaisser aux jugements personnels, cependant, je sais d’expérience que ce n’est pas nécessairement le cas de tous vos amis.

Chacun de mes billets résulte en une discussion en profondeur du sujet avec un de mes amis sur Facebook messenger et j’aime beaucoup nos joutes intellectuelles, surtout parce qu’elles restent entre moi et lui et un troisième parti ne s’ingère pas dans notre discussion pour me traiter de fru qui aurait besoin d’une bonne baise pour me changer les idées et me faire descendre de mes grands chevaux. Je vais donc mettre le lien à ce billet avec mes commentaires pour vous rappeler qu’elle est l’intention de mon commentaire et pourquoi ce n’est ni une attaque, ni un jugement sur vous, mais bien une invitation à la réflexion.

L’idée est de muscler notre réflexe de compassion. Parce qu’il est atrophié. La société nous encourage à qualifier la souffrance des autres, « un cancer est beaucoup plus grave qu’une dépression », pourtant les deux sont des poisons à action lente qui peuvent vous mener à la mort. « S’attarder sur le sexisme en occident est tellement futile quand on pense à toutes ces femmes qui souffrent sous l’égide de l’EI » (en passant, je hais l’expression État Islamique, parce que c’est un nom qu’ils ont usurpé et ils n’ont rien à voir avec la vraie religion musulmane), pourtant, les gens qui disent ceci ne font pas plus pour les femmes de Syrie que celles de Saint-Rédempteur. Mais dès qu’on considère la compassion comme un bien non renouvelable, on doit marchander et la conserver seulement pour les “vraies” causes.

Je hais ce système de pensée. C’est totalement faux. La compassion est infinie et c’est le remède à tellement de maux. Ça ne coûte rien et ça nous fait du bien autant qu’à la personne qui la reçoit. Éliminer les pensées méchantes, travailler a devenir quelqu’un de meilleur, c’est d’abord et avant tout à soi que ça sert. Apprendre à s’ouvrir aux autres nous apprend à nous ouvrir à nous-mêmes, car la première victime de notre manque d’empathie, c’est la personne dans le miroir. Nous avons très peu de compassion pour nous-mêmes, parce que la société nous juge durement et nous encourage à juger durement. Ça commence par soi, et ça doit finir par soi.

Ce n’est pas facile, le réflexe ne se cultive qu’à long terme, mais les bénéfices sont immédiats. Dès le moment où on identifie notre côté méchant, qu’on l’accepte et qu’on essaie consciemment de le corriger, on se sent immédiatement mieux. La culpabilité est un sentiment inutile à long terme, elle nous sert à identifier nos mauvais comportement, mais il ne faut pas la laisser nous empêcher d’avancer.

L’idée est de consciement se dire “ok, ce que j’ai fait/dit/pensé n’était pas très gentil.” ensuite, si vous avez fait de la peine à quelqu’un, vous vous excusez. Ne cherchez pas à justifier ce que vous avez fait ou dit. Vous dites seulement que vous êtes désolés et que ça ne se reproduira plus. N’attendez pas son pardon, ce n’est pas à vous d’exiger quand, comment et pourquoi une  personne devrait cesser de se sentir blessée. Vous prenez ensuite des mesures afin que la situation ne se reproduise plus. Souvent, la prise de conscience en soi est suffisante pour vous faire réfléchir avant d’agir à l’avenir. Si la méchanceté s’est passée seulement dans votre tête et qu’elle n’est pas sortie, c’est génial. Vous n’avez qu’à reconnaître que ce n’était pas une pensée gentille et à la corriger consciemment.

Ouais, je sais, je sonne comme une animatrice en pastorale. Ce n’est pas pour rien que la plupart des religions enseignent la compassion. Si on regardes les textes sacrés à l’origine, l’islam, le christianisme, le bouddhisme, le judaïsme et l’hindouisme prêchent tous la compassion et la générosité. Le problème n’est pas l’intention, mais l’application.

Je ne prêche pas à travers mon chapeau quand je parles de l’entraînement à la compassion. Je pratique ceci depuis un bon bout et je témoigne à 100000000% de l’efficacité et des bienfaits de la pratique de la compassion. Les bénéfices personnels sont immédiats, et justifient à eux seuls l’exercice. Pensez-y un peu, en devenant une meilleure personne, vous êtes plus agréables aux gens autour de vous, vous faites moins de peine, volontaire ou non, à vos proches, mais en plus, vous vous aimez plus et vous vous sentez plus solide et mieux dans votre peau. TOUT LE MONDE EST GAGNANT.

Hey, je suis terriblement optimiste, je sais. Je ne suis pas naïve au point de croire que ce billet va créer une armée de Mère Thérésa qui vont faire la paix dans le monde à coup d’amour. Mais si je peux vous encourager à réfléchir aux autres et qu’un seul d’entre vous devient une personne plus empathique grâce à mon « missionarat » je serai très contente. Ce n’est qu’une goutte, mais c’est avec ça qu’on débute un océan.

Vous avez une question dont vous voudriez que Matante discute? Quelque chose vous chicotte et vous aimeriez avoir une opinion ouverte et respectueuse? Écrivez à Matante, votre question sera traitée anonymement sur le blogue. Peu importe le sujet, je suis curieuse et j’aime aider. RealMatanteElise@gmail.com

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