Ah les maudits travailleurs chialeux!

C’est drôle quand même de voir un gars comme Duhaime, qui fait 150 000$ par année pour une job botchée (je l’ai personnellement surpris à deux reprises à commenter des articles qu’il n’avait pas lu et 99% de ce qu’il dit est copié/collé de The Rebel) pendant environ 20h semaine, commenter les salaire et les horaires des employés de la SAQ comme s’ils étaient gras dur.

Je travaille comme agente de secrétariat (je suis une secrétaire, ok? J’aime pas ça qu’on essaie de diminuer ma job en sortant des euphémismes comme adjointe administrative ou agente de secrétariat, être secrétaire, c’est pas honteux, c’est une job importante et névralgique) au gouvernement du Québec. Je suis une fonctionnaire dans le pur sens du terme, avec les avantages qui viennent avec. Je suis « gras dur » si on crois les chroniqueurs qui font 4/5 fois mon salaire annuel.

Parlons-en donc de mon salaire annuel. Ostie qu’on a peur de parler d’argent, hein? Ben voilà : Je fais 27,14$ de l’heure, avec un 35 heures par semaine garanti , 44 507$ par année (ces infos sont publiques sur le site du conseil du Trésor, vous pouvez les vérifier vous-même).

Et j’arrive pas.

J’arrive juste pas à la fin de mon deux semaines entre mes paies.

J’ai pas du tout un train de vie princier, je ne voyage pas, mon loyer est probablement le moins élevé de Chaudière-Appalaches, je mange rarement au resto, (je suis la Reine des bouffes les moins cher possible chez McDonald’s, mon frère Philippe peut en témoigner) mes meubles sont tous usagés sauf un que j’ai acheté après avoir économisé pendant 8 mois et qui était à 70% de solde, mon linge m’a été en majorité donné (merci à ma tante Jocelyne, ma tante Aline et la mère de Fabienne), mes animaux de compagnies m’ont été confiés en adoption sans frais, je n’ai fait aucune dépense de luxe dans les trois dernières années (2 500$ pour ma machine à apnée, c’est pas du luxe, c’est un traitement médical) je gratte partout comme une folle, je comprend pas pourquoi j’ai pas perdu de poids, parce que je saute des repas ou je ne mange pas assez pour être rassasiée régulièrement, (ça doit être le stress, j’imagine), j’ai des pincements au coeur chaque fois que j’ouvre mon compte en banque.

J’arrive pas.

À 44 507$ par année, garanti, j’arrive juste pas.

Alors quand les employés temps partiel de la SAQ disent qu’ils n’arrivent pas à avoir un niveau de vie décent et une situation financière stable, je les crois.

Quand les syndicats et les intervenant en lutte contre la pauvreté disent que le salaire minimum, c’est pas assez pour vivre, je les crois.

C’est ben facile de comparer les salaires des uns et des autres et de dire qu’on doit pas se plaindre parce que d’autre ont moins, mais cet argument néglige un point important: ceux qui ont moins méritent EUX AUSSI d’avoir plus.

T’as beau faire 50$ de l’heure, quand, à la banque, le minimum d’heure que tu peux garantir de faire par semaine c’est 3, ben il vont calculer ta capacité à rembourser comme si tu faisais 150$ par semaine et t’iras pas chier loin avec ça.

Je crois aux revendications de TOUS les travailleurs en grève, public et privé.

Je crois au droit pour TOUS les travailleurs d’avoir des conditions de travail décentes et sécuritaires et d’avoir des conditions financières vivables.

Je crois que tout le monde qui travaille à temps plein mérite AU MOINS 44 507$ par année et 20 jours de vacances et 10 jours de maladies acumulables.

Et je crois qu’après 15 ans, esti, tu mérite un temps plein garanti à ta job, peu importe la job, public ou privé.

Et je suis prête à me battre pour vous aider à les avoir si vous les exigez. Je vais boycotter vos magasins tant que les négociations ne seront pas conclues et je jure devant Dieu ou toute autre force naturelle ayant menée à la création de l’univers que je ne briserai JAMAIS vos lignes de piquetage.

Je vais voter pour des politiciens qui se soucient vraiment des travailleurs, je vais signer et partager les pétitions et appuyer publiquement les projets de réformes des lois du travail pour vous aider à avoir au minimum au moins que moi. Parce que vous le méritez tabarnak.

Et quand à Éric Duhaime, il devrait aller se tapper les madames frustrés qui demandent à parler au gérant parce que le vin que le chroniqueur de Salut Bonjour a recommandé est back order pendant 15 ans à temps partiel et qu’il essaie de vivre sur ce budget avant de chier sur la tête du monde. La méchanceté et la négativité, c’est beaucoup plus facile que l’empathie et la réflexion, c’est pour ça ça que c’est l’apanage des paresseux.

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L’éternelle controverse.

Manifestations pro-vie à Kingston avec des pancartes d’un goût douteux.

Des facteurs de la Saskatchewan refusent de livrer un dépliant choquant du Canadian Centre for Bio-ethical Reform

Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts, à propos de la proposition de couper les subsides fédéraux à Planned Parenthood

La loi provinciale du Nouveau-Brunswick limite le financement des interventions d’avortement et a précipité la fermeture de la clinique Morgentaler de Fredericton.

Tous ces articles datent de moins d’un an et demi. En fait, les trois premiers datent de moins d’un mois…

On est en 2015. Ça fait 25 ans que les lois criminalisant l’avortement sont officiellement considérées comme anticonstitutionnelles.

CE DÉBAT NE DEVRAIT MÊME PAS AVOIR LIEU AU CANADA. NI DANS AUCUN PAYS PRÉTENDANT ÊTRE CIVILISÉ.

Et pourtant…

Écoutez, on va mettre une chose très au clair dès le départ. Vous avez totalement le droit de ne pas aimer les avortements. C’est poche un avortement. C’est triste. C’est horrible.

Mais c’est foutrement pas de vos affaires.

Je suis férocement pro-choix.

Attention, je ne suis pas proavortement, personne d’humain n’est proavortement. Oubliez la propagande qui traite les gens qui défendent le droit à l’avortement de tueurs de bébés. Personne n’a envie de tuer des bébés. Personne ne trouve les avortements drôles (à part Seth MacFarlane, mais ça fait un bout qu’il n’a plus d’âme à perdre).

Je suis pro-CHOIX.

Aucune clinique Morgentaler ne court après les femmes enceintes pour leur vanter les avantages à se débarrasser de leur bébé. Personne à Planned Parenthood aux États-Unis ne va suivre un résultat positif à un test de grossesse par un « Bon ben, couche-toi là, écartes les jambes, je vais chercher la balayeuse ».

Aucun médecin, aucune infirmière, aucun travailleur social, aucun bénévole qui a le moindrement d’empathie ne vas encourager quelqu’un à subir un avortement. Au pire, ils vont le suggérer si la grossesse représente un risque pour la vie de la mère. Leur mission n’a JAMAIS été de tuer des bébés. Leur but n’est JAMAIS d’interrompre les grossesses. Leur mission, c’est d’aider les femmes en détresse.

C’est très difficile un avortement, ça fait mal, physiquement et psychologiquement, c’est traumatisant et ça brise le cœur. Aucune femme que je connais qui en a subi un, aucune dont j’ai lu le témoignage, n’a dit être ressortie de là le cœur léger. Certaines sont soulagées une fois que c’est fait, mais elles sont toutes infiniment tristes. Elles ne trouvent pas ça drôle ou facile. Elles ne souhaitent pas renouveler l’expérience non plus.

Oubliez le cliché de la fille facile avec sa carte de fidélité (9 avortements à notre clinique, le dixième et gratuit et vous aurez une belle tasse à café en prime!). C’est de la foutaise.

Personne n’a envie de passer par là. Personne d’humain ne souhaite que quelqu’un passe par là.

Sur Twitter quelqu’un a comparé ça au divorce. Personne n’aime les divorces, c’est horrible un divorce, ça brise le cœur, ça bouleverse une vie, ça explose une famille. Mais c’est parfois nécessaire, parce que la santé mentale, physique ou la sécurité des personnes sont en danger.

Pourtant, à écouter les groupes pro-vie, toutes les cliniques d’avortement sont des endroits où on leurre des femmes pour leur arracher contre leurs grés les bébés à terme du ventre et les vendre à des restos chinois pour faire des spare-ribs. Toutes les femmes qui ont subi un avortement sont des putes irresponsables et sans cœur qui se foutent complètement de la vie qui grandit en elle.

Elles ne s’en foutent pas, croyez-moi, sauf exception (les sociopathes, ça existe), les femmes qui passent par cette épreuve ne se foutent absolument pas de l’amas de cellules qui se divise dans leur utérus.

De toute façon, la plupart des groupes pro-vie ne sont pas du tout intéressés à protéger ces enfants. En fait, le terme pro-vie est incorrect. Ces groupes sont pronaissance.

Parce qu’ils n’ont rien à foutre de cet enfant-là une fois qu’il est né. Ils parlent de la sainteté de la vie, mais seulement quand elle ne les incommodent pas.

Les membres des groupes pro-vie viennent des mêmes milieux qui trouvent que le salaire minimum ne devrait pas augmenter, que les gens qui travaillent dans les McDonalds devraient aller travailler ailleurs s’ils trouvent que leur salaire n’est pas assez élevé pour vivre, que le soutien aux familles sous le seuil de la pauvreté les encourage à rester pauvres, qu’on devrait interdire aux enfants séropositifs de fréquenter les écoles publiques, et que l’éducation sexuelle à l’école détruit la fibre morale des jeunes.

Ouais, ils ne veulent pas que leurs enfants apprennent l’existence de la contraception, bref, leur éviter d’avoir à prendre la décision de garder ou non un bébé non prévu.

Oh, et ils sont généralement aussi pour la peine de mort et contre le contrôle des armes à feu. Parce qu’une fois qu’il est né, c’est free range pour la chasse aux déchets de la société.

Non, pour eux ces enfants sont sacrés tant qu’ils ne deviennent pas un « fardeau pour la société ». Mais quand ils sont rendus là, ce ne sont plus des petits bébés.

Et ils se foutent encore plus de la mère. Leur rhétorique se résume souvent à accuser la femme d’être une irresponsable et à vouloir l’obliger à « vivre avec les conséquences de ses erreurs. »

Parce que la vie d’un enfant devrait être une punition.

Parce qu’elle aurait dû garder ses jambes bien collées l’une contre l’autre.

Ou parce qu’elle n’aurait pas dû provoquer son violeur.

Ou parce que c’est elle qui a choisi de tomber en amour avec un écœurant qui la bat. Et puis, qui sait, peut-être qu’un bébé le fera changer? Ça a fonctionné dans 50 Shades of Shit après tout!

Je ne pourrai jamais être d’accord avec ce genre de logique.

Je n’encourage personne à subir un avortement. Je ne souhaite cette expérience à personne. C’est une véritable tragédie.

Je ne suis absolument pas proavortement.

Mais si à un moment donné, dans votre vie, vous devez passer par là, je défendrai toujours votre droit à choisir cette solution, et votre droit d’y avoir accès dans le respect et la compassion.

Ce n’est pas à moi d’être d’accord ou non avec votre décision. Que je sois pour ou contre les avortements importe peu. En fait, ça n’importe pas du tout.

Votre corps, votre vie, votre CHOIX.

C’est ça que je défends.

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