Parlons de Brock Turner

Brock Turner est un violeur. Je peux me permettre de l’affirmer, sans détour, car il a été reconnu coupable, de façon unanime, par un jury, de trois chefs d’accusation d’agression sexuelle.

En janvier 2015, Brock a profité de l’état d’ébriété d’une jeune femme pour la traîner derrière un container de vidanges, la coucher par terre sur l’asphalte, lui retirer son cardigan, lever sa robe pour libérer ses seins, lui enlever sa petite culotte, la pénétrer avec ses doigts et j’en passe.

Il serait sans aucun doute allé encore beaucoup plus loin, si deux étudiants suédois qui passaient par là à vélo n’étaient pas intervenus.

Brock a été reconnu coupable, sans l’ombre d’un doute raisonnable.

C’est un fait. Brock Turner est un violeur.

Mais, même avec un jugement de culpabilité, sa victime n’a pas droit à la justice. Le juge a décidé de lui donner une peine bidon de 6 mois avec probation pour « diminuer l’impact d’une sentence complète » (la recommandation de la Couronne était de 6 ans, la peine minimale dans ce genre de cas, la maximale étant de 14 ans), parce que c’était sa première offense, qu’il est jeune et que c’est un champion de nage, qu’il est riche et qu’il est blanc qu’il ne « représente pas un danger immédiat pour le public. »

http://www.theguardian.com/us-news/2016/jun/02/stanford-swimmer-sexual-assault-brock-allen-turner-palo-alto

Sérieusement, on dit aux victimes de parler, de dénoncer, que si on veut que ça change, il ne faut pas garder le silence. Et ensuite, on leur fait traverser l’enfer pendant une ou plusieurs années, et ça fini avec 6 mois avec sursis pour diminuer l’impact d’une vraie sentence. Mais par le fait même, on scrappe encore plus la vie de la victime. Mais fuck la victime, elle avait qu’à pas être au mauvais endroit au mauvais moment.

La victime de Turner avait des témoins de son agression, des preuves médico-légales, un dossier qui à première vue, semble en béton.

Mais, comme elle était inconsciente au moment de l’agression, son témoignage est irrecevable.

Donc, c’est son agresseur qui est le « seul témoin fiable » des événements précédant le moment où elle a été défendue par les deux cyclistes. Et son récit a changé drastiquement entre le moment où il a été arrêté, et celui où il a appris que sa victime ne se souvenait pas bien des événements.

Mais ce n’est pas suspect du tout ça…

Encore aujourd’hui, même avec un verdict de culpabilité hors de tous doutes, Turner et son père ne parlent que d’une erreur de jugement et de promiscuité causée par l’alcool. Il est complètement incapable de comprendre qu’il est responsable de ses actes et qu’il a fait quelque chose d’horrible. Pour lui, c’est un oups! d’ivrogne, comme s’il avait vomi sur le tapis du salon. On paie pour le nettoyage, on s’excuse et on passe à autre chose. Il est une pauvre victime qui s’est fait attaquer sans raison par deux cycliste enragés pendant qu’il faisait une séance de touche-pipi tout ce qu’il y a de plus normale avec une fille endormie derrière un container à vidange.

Ce con parle même d’aller faire des conférences dans les écoles secondaires pour prévenir les jeunes des dangers de l’abus d’alcool!

Et son père. Oh calisse de tabarnak son ostie d’écœurant de trou de cul de père, Dan Turner, qui fait le tour des journaux en disant que son fils paie « un prix fort pour vingt minutes d’action » et qu’il « n’a jamais été violent, même lors de cette soirée-là ».

La victime avait des bleus et des abrasions partout sur le corps, mais comme elle était inconsciente, ce n’est pas violent?

AVEC UN OSTIE DE NARCISSIQUE DÉCONNECTÉ DE LA RÉALITÉ COMME ÇA POUR L’ÉLEVER, PAS ÉTONNANT QUE BROCK TURNER SOIT DEVENU UN VIOLEUR QUI S’IGNORE.

Vous voulez savoir à quoi ressemble la culture du viol? Lisez la déclaration de la victime à la cour après la sentence. C’est une lecture difficile, mais essentielle. Cette jeune femme est impressionnante par son honnêteté, son courage, sa dignité et sa générosité. Elle me laisse sans voix.

http://www.buzzfeed.com/katiejmbaker/heres-the-powerful-letter-the-stanford-victim-read-to-her-ra

Je lève mon chapeau à sa famille (incluant son conjoint), en particulier sa sœur, qui l’ont soutenue sans faille et, surtout, aux deux jeunes hommes qui, ce soir-là, ont pris la décision de se « mêler de ce qui ne les regardaient pas ». Il faut plus de gens comme eux pour combattre les Brock Turner de ce monde.

Après le procès Ghomeshi, celui de Kesha contre Dr Luke, et 98% d’autres procès pour viols qui se terminent par un verdict de non culpabilité (je vous rappelle que seulement 7% des cas d’accusations de viol se retrouvent devant les tribunaux et seulement 4% des accusations sont fausses) on se dit qu’enfin un jury a crû la victime, et a reconnu un agresseur pour ce qu’il était. Mais même là, encore une fois, c’est la victime qui a payé le prix fort.

Il faut partager, et parler de ce cas, même s’il est dans un autre pays, c’est la même chose ici et vous le savez, ne vous mettez pas la tête dans le sable. Tant qu’on va continuer de protéger l’innocence jusqu’à preuve du contraire de l’accusé (ou l’accusée), sans offrir le même bénéfice du doute à la victime, tant que toutes les excuses sont bonnes pour diminuer la porté du geste, ou pour accuser la victime de «n’avoir pas sû se protéger» (dans le cas qui nous occupe, la consommation d’alcool de Brock excuse son geste, alors que celle de la victime l’aurait mise« en position de se faire abuser») c’est toujours la victime qui va payer, peu importe l’issue du procès.

Je crois à la présomption d’innocence, c’est un principe de base essentiel de notre système de justice. Cependant, dans les cas de violence sexuelle, et ce, peu importe le sexe de l’agresseur présumé et celui de la victime présumée, la victime est considérée comme coupable de mensonge jusqu’à preuve du contraire. Ce n’est pas un défaut de notre système de justice, c’est un handicap de notre société.

C’est la culture du viol, un système de pensé pernicieux qui résulte de l’importance et du tabou simultané qui entourent la sexualité dans notre société. On traite le sexe comme un droit acquis, on banalise les agressions sexuelles dans les œuvres de fiction (le viol est rendu un cliché facile pour choquer le public et provoquer une réaction du héros ou de l’héroïne) et on refuse d’en parler ouvertement de façon sérieuse et intelligente, que ce soit dans les écoles ou sur les réseaux sociaux. On n’apprend pas à nos enfants où se trouve la ligne entre le consentement et l’agression. On excuse avec toutes les raisons possibles et imaginables. Et on trouve toutes les excuses pour diaboliser les victimes : elles cherchent l’attention, elles ont eu une relation consentante, mais elles la regrettent et ne veulent pas passer pour une salope, elles veulent se faire de l’argent etc, etc, etc.

Pour ma part, je crois les victimes, jusqu’à preuve du contraire. Il est absolument possible de faire ça sans pour autant lyncher l’accusé. Il suffit simplement d’écouter, en FERMANT SA GUEULE ET EN GARDANT SES COMMENTAIRES POUR SOI.

Et en évitant de lire ou écouter les imbécilités de mononcles “experts” en agressions sexuelles comme Martineau et Duhaime.

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Keep preaching the Good Word, Tina.

Vous avez une question dont vous voudriez que Matante discute? Quelque chose vous chicotte et vous aimeriez avoir une opinion ouverte et respectueuse? Écrivez à Matante, votre question sera traitée anonymement sur le blogue. Peu importe le sujet, je suis curieuse et j’aime aider. RealMatanteElise@gmail.com

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Les Zexperts

Quand j’ai vu ceci:

J’ai tout de suite pensé à ceci:

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Preach, Sister!

Si Saint-Richard le Grand Penseur d’une Génération avait passé 5 minutes sur Google à faire des recherches sur les conséquences d’une agression sexuelle, il aurait entendu parler d’un phénomène très répandu chez les victimes de traumatisme: Le déni.

Une victime d’agression sexuelle NE VEUT PAS être une victime d’agression sexuelle. Ce genre de chose ne lui arrive pas, pas à elle, ça arrive aux filles qui ne font pas attention, qui se saoulent, qui portent des robes courtes, qui se promènent dans un stationnement désert à 3h du matin. Pas à elle.

Alors elle rationalise, elle relativise, elle « normalise ».

Le lien ci-haut vous mènera à une BD crève coeur dans laquelle l’auteur raconte comment elle a fait à déjeuner à son violeur le lendemain de son aggression. Oeuf, toast, bacon. Pas parce qu’elle avait peur qu’il ne soit violent avec elle, mais parce qu’elle voulait croire à une autre histoire que celle qui venait de lui arriver.

Beaucoup de victimes réagissent comme ça, elle vont sortir avec leur violeur, parce que si elles sont en couple avec lui, alors, l’agression n’est pas vraiment arrivée, non? C’est juste un chum qui avait trop le goût et qui ne pouvais plus s’arrêter, c’est juste qu’elle ne lui a pas dit non assez clairement, c’est pas VRAIMENT un viol, elle n’est pas une VICTIME.

Une victime, ça pleure tout le temps, c’est en position foetale dans la douche en train de pleurer, ça se coupe du monde, ça se laisse aller, ça porte un sac de jute et ça a le visage hanté par ses démons.

Hollywood aime nous montrer le viol. C’est choquant, ça fait réagir. Il y a deux sortes de viol à Hollywood:

Celui qui est tellement normalisé que c’est pratiquement la seule sorte de relation sexuelle que les femmes (Game of Thrones) ou les hommes (Sons of Anarchy) ont dans l’univers de la série. (J’adore ces deux séries, alors venez pas me tapper dessus à cause de ce commentaire, billet à venir: Ton film préféré est fucking raciste, mais c’est correct, ou comment Matante assume son obsession pour X-13). Tout le monde se fait violer, et ils sont tristes pendant un épisode, se vengent dans le deuxième et ensuite tout rentre dans l’ordre. (Exception faite de Gemma dans SOA, mais c’est les hommes qui ont la réaction clichée suite à leur aggression dans cette série)

Et tu as celui qu’on voit à Canal Vie, la pauvre victime qui après son agression, se coupe les cheveux, porte du linge trop grand, déménage dans une autre ville et refuse de se laisser approcher par qui que ce soit pendant des années jusqu’au jour où un homme patient avec un pénis magique la guérit de son traumatisme.

Et c’est celle-là, celle qui porte son traumatisme comme une affiche d’homme-sandwich qui est une femme qui s’est « VRAIMENT faites violer » pour citer Richard « Einstein était une cervelle d’oiseau comparé à moi » Martineau.

tina-fey-men-rape

Tina, tu me fais du bien!

Dans le cas de Martineau-la-huitième-merveille-du-monde, ce genre de commentaire ne m’étonne pas.  Il est généralement à côté de la plaque, comme quand il DEMANDE aux autoritées de la religion musulmane de déconcer publiquement le terrorisme et qu’il ironise sur le fait que les musulmans ne font pas de sortie publique pour désavouer l’EI.

C’est vrai que les catholique sont sortis EN MASSE dans les rues pour dénoncer l’IRA dans les années 70. Et que les chrétiens blancs d’Amérique sortent souvent en publique pour dénoncer HAUT et FORT le KKK. Il est sur Twitter, le twit, mais il ne suis pas bcp de musulmans pour dire qu’ils ne dénoncent pas l’EI, ils le font TOUS. LES. JOURS.

Et en passant, l’Islam n’as pas d’autoritées, ni de tête dirigeante. C’est justemement le problème numéro un de l’EI. Le Caliphe n’est pas RECONNU comme une figure d’autorité par la majorité des musulmans. L’Islam est une religion directe, sans prêtre, les imams sont des directeurs de prières, ils peuvent donner leur avis, mais ce ne sont pas l’équivalent des curés ici, le conduit entre le pratiquant et Allah est sans intermédiaires. Donc, pas de curé, d’éveque, d’archéveque, de cardinal ou de Pape pour « dénoncer au nom de la religion musulmane ». Bref,

old

Richard Martineau, mesdames et messieurs.

Mais revenons en au proces Ghomeshi (j’ai découvert cet après-midi que j’ai mal écrit son nom partout depuis une semaine, oh well…).

Est-il possible que Lucie DeCoutiere et les deux autres victimes aient menti?

Oui, c’est possible, les études ont en effet prouvé que les fausses accusations de viol existent.

dans 4% des cas

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Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que 96% des accusations sont vraies.

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4 (on arrêtàit ici avec les fausses accusations)

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Alors pourquoi on saute sur la moindre petite donnée qui ne colle pas pour accuser ces femmes de mentir? Pourquoi on hurle à leur face « INNOCENT JUSQU’À PREUVE DU CONTRAIRE »? (Attention, je parles ici des présumées VICTIMES, oui, l’accusé ne doit pas être lynché sur la place publique, c’est le procès qui va déterminer sa culpabilité. Mais ne dites pas ça aux victimes, calvaire!)

La victime, elle aussi, est innocente jusqu’à preuve du contraire. Pourquoi l’accuser à premier abord de vouloir détruire la vie d’un homme pour une raison x ou y?

D’ailleurs, parlons-en donc de ces sois-disant raisons.

L’avocate de Ghomeshi, et ceux de Bill Cosby, disent que les accusatrices veulent se servir de ces accusations pour se faire de la publicité, et aider leurs carrières.

Ok. donnez-moi le nom D’UNE SEULE femme qui a fait carrière après avoir accusé quelqu’un de l’avoir violée?

Madona? Nop, elle n’a parlé de l’agression sexuelle qu’elle a subi qu’après être devenue une superstar.

Nathalie Simard? Ah, mais non! Elle c’était une VRAIE victime, ça compte pas. Et elle a pas vraiment fait une grande carrière après…

Ouais, non, une accusation d’avoir été agressée sexuellement, c’est pas vraiment avantageux pour la fille. Souvent, sa carrière va être foutue, si l’agresseur est un proche, la famille va être scrap, et si l’agresseur a été exhonéré (et même parfois quand il a été reconnu coupable), il n’y a pas grand homme qui va vouloir l’approcher, de peur de se faire accuser à son tour.

C’est ta parole contre celle de ton agresseur. Et lui, il a vu Fatal Attraction et Disclosure, et il va convaincre tout le monde que tu es Glen Close ou Demi Moore.

Et c’est facile en tabarnak. Parce que les Mononcle Richard Martineau n’attendent que le moment où tu vas bégayer pour hurler « AH! HA! JE L’SAVAIS! C’EST UNE MAUDITE MENTEUSE DE MARDE QUI VA DÉTRUIRE UN PAUVRE HOMME ET NUIRE AUX VRAIES VICTIMES QUI PLEURENT DANS LEUR SAC DU JUTE! »

Est-ce que Lucie DeCoutiere a menti en accusant Jian Ghomeshi d’agression? C’est possible.

Est-ce que le courriel qu’elle lui a envoyé le lendemain PROUVE qu’elle a menti?

NON

Est-ce que Richard Martineau a le droit ou la responsabilité de déterminer la culpabilité ou l’innocence de Jian Ghomeshi?

Allah soit béni, pas du tout, pas même un peu.

Matante Elise Out.

Vous avez une question dont vous voudriez que Matante discute? Quelque chose vous chicotte et vous aimeriez avoir une opinion ouverte et respectueuse? Écrivez à Matante, votre question sera traitée anonymement sur le blogue. Peu importe le sujet, je suis curieuse et j’aime aider. RealMatanteElise@gmail.com

 

On s’embarque dans une nouvelle aventure? (Mais dans un terrain très familier)

OK mes ti papoutes, matante vous a négligé un peu dernièrement, mais elle vous a pas oublié. Je suis en train de laisser une bouillabaisse matantesque mijoter dans mon crockpot mental.

Dans les prochaines semaines, je vais vous parler d’une série de romans BDSM connue sous le nom de « The Sophie Scaife series » écrite par Abigail Barnette, le nom de plume de la blogueuse Jenny Trout (son twitter @Jenny_Trout est une source de joie quotidienne en passant).

Une superbe histoire d’amour extrêmement romantique, mais surtout, adulte, féministe et kinky à mort.

Je voudrais vous parler de cette série de livres en la décortiquant avec vous. Sophie Scaife et Neil Elwood sont des personnages très complets et complexes, très réalistes, adultes et intelligents. Je veux me servir de Sophie et son amoureux pour vous parler de dynamiques de couples, de sexualité et de BDSM.

Et ne soyez pas surpris si j’écorche Christian Grey et Anastasia Steel au passage, OK, pas mal constamment, la comparaison est inévitable et je ne peux pas perdre une seule occasion de chi.. sur « l’œuvre » de E.L. James.

Je vais commencer par vous faire un résumé des trois livres. Je n’essaierai pas de vous cacher les spoilers, ça compromettrait mes billets suivants. Ensuite, je vous ferai une série de billets analysant les personnages en tant que tels et les différents aspects de leurs relations, incluant la sexualité des deux protagonistes qui est définitivement kinky.

Ceci dit, si vous lisez l’anglais, je vous recommande, non, je vous ORDONNE de lire le premier tome avant de lire mon résumé, il est gratuit en format Kindle sur Amazon, donc le budget n’est pas une excuse. Si vous êtes un minimum comme moi, vous allez vous taper les trois en moins de 2 semaines (les deux autres sont 5 $ en format Kindle, ça se lit hyper bien).

Voici un synopsis sans spoilers pour vous humecter les lèvres :

 

Sophie Scaife a 24 ans, elle est l’assistante de la directrice de Porteas, un magazine de mode. Depuis 6 ans, elle fantasme sur Leif, un étranger à l’accent britannique avec qui elle a passé une nuit d’exploration de sa sexualité alors que leur vol pour Tokyo avait été reporté.

Après 30 minutes de retard de sa patronne, Sophie commence à s’inquiéter, est-ce qu’il est s’est passé quelque chose de grave? La réponse ne tarde pas à arriver : Porteas a été vendu au géant médiatique Elwood & Stern et la direction est maintenant entre les mains du milliardaire Neil Elwood. À l’arrivée de son nouveau patron, Sophie a le choc de sa vie : le magnat de la presse écrite n’est nul autre que l’étranger qui est devenu l’idéal d’après lequel elle juge tous ses partenaires sexuels depuis 6 ans…

Une prémisse assez classique, quasi stéréotype, mais croyez-moi, le traitement est loin d’être culcul (OK, un peu parfois, ça reste une histoire d’amour, mais Abigail Barnette ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles, contrairement à beaucoup d’auteurs de romans d’amour *tousse, E.L. James, tousse*).

Bref, dans les prochaines semaines, je vous emmène dans le merveilleux monde se Sophie Scaife et on explorera avec elle l’amour, l’amitié, les relations homme-femmes, la sexualité en général et le BDSM en particulier.

Enjoy!

 Vous avez une question dont vous voudriez que Matante discute? Quelque chose vous chicotte et vous aimeriez avoir une opinion ouverte et respectueuse? Écrivez à Matante, votre question sera traitée anonymement sur le blogue. Peu importe le sujet, je suis curieuse et j’aime aider. RealMatanteElise@gmail.com

Girls don’t want you to have fun.

Je suis tombée sur cet article hier:

Une blogueuse chrétienne (oui ça a rapport, c’est pour ça que je le précise) explique sa décision de cesser de porter des pantalons de yoga et des leggings en public.

En gros, après une conversation entre filles, elle a « découvert » que le port de pantalons trop serrés en public pouvait encourager les pensées impures des hommes autour d’elle et ça lui pesait sur la conscience. Ça entrait en conflit avec ses valeurs morales et elle avait le sentiment que Dieu lui indiquait qu’elle devait changer son comportement.

De un, ce n’est pas à moi (ni a vous en passant) de juger de ce qu’une personne peut ou non porter en public. (Un petit rappel de mon billet sur les « guidounes » serait de mise ici, si vous ne l’avez pas lu.) Vous voulez mettre une mini-jupe et un top à peine plus gros qu’un soutien-gorge? Go for it! Vous vous sentez plus à l’aise en jeans avec un coton ouaté turquoise avec une grosse tête de loup dessus? C’est parfait (ok, c’est très quétaine, mais si t’aimes ça, ça ne me fait pas mal à moi personnellement)! Eh oui, ça veut aussi dire que j’ai rien à foutre que tu portes ton hijab si ça te fait plaisir. Si je n’aime pas ce que t’as sur le dos, la solution parfaite est très simple: pivoter le cou de 45° et regarder ailleurs! Problème réglé!

Donc, si la tite madame se sent mal à l’aise dans son leggings en public, c’est de ses affaires. Ce qui me gosse là dedans, c’est le fait que son texte perpétue l’idée selon laquelle les femmes doivent s’habiller de façon modeste pour éviter de provoquer la concupiscence masculine.

*SOUPIR*

Non.
Nee.

No.

Niet.

On ne peut, ni ne doit, pas contrôler les pensées et pulsions des hommes. C’est terriblement sexiste de penser ainsi.

Sexiste envers les femmes qui sont réduites à des objets qui ne servent qu’à la satisfaction sexuelle et donc doivent s’effacer le plus possible en dehors de la chambre à coucher.

Ah la belle occasion de vous remettre mon imitation d'une poupée gonflable!

Ah la belle occasion de vous remettre mon imitation d’une poupée gonflable! Sweet dreams!

Sexiste envers les hommes qui sont réduits à des bêtes sauvages incapables de contrôler leurs pulsions et leurs pensées et qu’on doit donc maintenir éloignés de toute tentation.

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Le gros méchant loup va te manger. Non pas « manger » dans ce sens-là…

On déresponsabilise encore une fois les hommes en leur disant que si une fille est habillée sexy, c’est un free pass pour l’achaler et la harceler, voir, abuser d’elle. On culpabilise les femmes en leur disant que si elles se font taponner par un cochon dans le métro, c’est leur faute à elles.

C’est aussi un stéréotype de négativisme sexuel et une vision réductrice du désir. En effet, dans son texte, la dame affirme en avoir parlé avec son mari et que celui-ci a admis que c’était difficile de ne pas regarder une fille en leggings sans avoir des pensées croches. Et avoir des pensées croches pour quelqu’un avec qui on n’est pas en couple, c’est un gros péché…

OK, avalez votre gorgée de café parce que matante va encore une fois vous sortir une vérité qui va chambouler votre monde : AVOIR DES FANTASMES OU ÊTRE ATTIRÉE PAR QUELQU’UN D’AUTRE QUE VOTRE CONJOINT, C’EST PAS NÉCESSAIREMENT MAUVAIS POUR LE COUPLE SI VOUS AGISSEZ COMME DES ADULTES.

Oui, je sais que la Bible parle de ne pas convoiter la femme de ton voisin, mais c’est l’Ancien Testament, Jésus lui parle d’amour et de respect et il a pardonné à la femme adultère donc, tirez-en les conclusions que vous voulez.

Rêver que tu couches avec quelqu’un d’autre, ce n’est pas tromper ta blonde. Regarder les fesses du voisin cute pendant qu’il passe la tondeuse, ce n’est pas tromper ton chum. La monogamie, c’est de choisir de NE PAS PASSER AUX ACTES. Le défi d’un couple monogame, c’est l’habitude ou la monotonie. Fantasmer sur autre chose, tant qu’on est conscient que c’est simplement un fantasme et qu’on n’en fait pas une montagne, c’est assez normal et plutôt sain. Bien entendu, comme dans toutes choses dans la vie, la modération a bien meilleur goût. La culpabilité inutile est un fléau des sociétés judéo-chrétiennes et un détournement des vrais enseignements du Christ.

Le gars ou la fille qui vous dit qu’il n’a d’yeux que pour vous et que depuis qu’il ou elle vous a rencontré, il ou elle n’est attirée par personne d’autre est en train de vous mentir. (Exception : oui c’est comme ça au début de la relation, durant la période « lune de miel », mais ça ne dure pas). Ce n’est cependant pas un mensonge méchant, c’est le résultat de la bouillie de merde qu’on nous sert comme idéal romantique partout dans la société, si tu es attiré par une autre personne, c’est parce que ton partenaire n’est pas « le bon », celui avec lequel tu es censé passer le restant de tes jours. Foutaises. « Le bon » partenaire n’est pas en train d’attendre que tu le rencontres, c’est joli comme idée, c’est romantique, mais dans la vraie vie, « le bon » partenaire, tu le CHOISIS. Tu apprends à le connaître, il te plaît, vous avez des buts communs, tu t’attaches et tu construis une vie avec lui à coup de communication et d’ajustements, des fois ça dure longtemps, des fois moins, mais il n’y a pas qu’une seule et unique personne avec qui tu es destiné à vivre jusqu’à la fin de tes jours. Il faut briser le système de pensée qui nous fait sentir coupable d’avoir des papillons dans le fond de culotte pour quelqu’un d’autre que son conjoint et aussi cesser de péter une crise de jalousie quand notre conjoint dit que la voisine d’en face est jolie. (Ça n’empêche pas que vous utilisiez un langage poli, messieurs, il y a une différence entre « elle est jolie/sexy » et
« je la fourrerais drette-là ».)

Cela étant dit, on a aussi une belle occasion de parler de slut shaming (encore, j’en parle beaucoup, mais c’est partout, alors, attendez-vous à en entendre parler encore souvent). En effet, on a ici un bel exemple de la mécanique. Je dois éviter de porter des vêtements trop collant en public pour éviter de donner des idées aux hommes. Parce que si les hommes ont des fantasmes sur moi, c’est MA faute. On dit encore une fois que les femmes sont responsables de l’attitude sexuelle des hommes. Si une femme s’habille sexy, elle attire la concupiscence et est plus à risque de se faire agresser.

NOTE IMPORTANTE: je n’accepterai AUCUN commentaire suggérant que l’habillement d’une femme QUEL QU’IL SOIT encourage les agresseurs sexuels. Pas de « oui, mais ». NO. C’est purement et simplement faux. Les femmes qui se font violer sont de tout âge, toutes races, toutes apparences et tous styles confondus. Il y a autant de viol (sinon plus) en burka qu’en bikini. Même si elle se promène sur la Main flambante nue avec un tatouage qui dit « baise-moi » direct sur le mont de vénus, ça ne vous donne pas un free pass pour lui sauter dessus et la prendre sans son consentement. Ce n’est pas à la victime de ne pas se faire agresser, c’est à l’agresseur de ne pas agresser, point final. Si vous suggérez dans les commentaires qu’une fille peut provoquer son agresseur par la manière dont elle était habillée, je n’argumenterai pas, je n’essayerai pas de vous convaincre, je vais bloquer le commentaire purement et simplement (ça vaut pour les commentaires sur Facebook aussi). Mon blogue est un endroit de discussions et d’échanges et je suis ouverte d’esprit, mais ce n’est pas une démocratie ni un bien publique, et je n’accepterai AUCUN slut shaming ou victim blaming dans mes commentaires, point à la ligne. La limite est là, vous l’avez vue, si vous êtes intelligents (ce que vous devez être, puisque vous lisez ce blogue!) vous ne la testerez pas.

Oui, c’est vrai que parfois une femme va s’habiller d’une certaine façon dans le but d’attirer l’attention masculine. Quand elle sort dans un bar par exemple. C’est la même chose pour les hommes, vous n’irez pas à une soirée de speed dating habillé en chienne de garage pleine d’huile, enfin, en général, il y a des exceptions à toutes les règles, mais en général, vous allez vous raser, mettre une chemise et un pantalon propre et en bon état et souvent, une touche de gel dans les cheveux et un spritz d’aftershave. C’est la même chose pour ces dames. Oui parfois elles s’habillent sexy dans le but très clair de ramener quelqu’un à la maison pour une partie de jambe en l’air, c’est vrai, je ne le nie absolument pas. Cela étant dit, d’assumer qu’une fille est prête à coucher avec VOUS en particulier, juste parce que sa craque de sein est à l’air, c’est très  sexiste. Oui elle cherche peut-être à attirer un homme, des fois c’est quelqu’un de très spécifique qui sera à cet endroit à ce moment, des fois ce n’est personne en particulier, mais avant de vous fruster si elle ne répond pas à vos avances et de lui sortir, « ben si tu ne veux pas te faire cruiser, t’as juste à ne pas t’habiller comme ça » pensez y deux secondes. Votre after shave de ce soir, est-ce que ça veut dire que vous voulez coucher avec TOUTES les filles que vous allez croiser dans la soirée? Je vais défier les stéréotypes et dire que non, vous n’avez pas mis votre aftershave pour la caissière de 60 ans de la pharmacie ou vous êtes allés acheter vos condoms. (Si votre truc c’est les caissières de pharmacie de 60 ans, dites-vous que votre aftershave n’est pas pour la madame sale et en sueur qui bave à terre dans l’allée des vitamines, ou tout autre stéréotype qui ne vous excite, mais alors là pas du tout, vous saisissez mon point). C’est la même chose pour la craque de sein de la fille au bar. Tu peux regarder discrètement, je répète discrètement, tenter une approche polie même, mais dans l’éventualité d’un non, tu passes au prochain numéro comme un grand garçon et tu gardes tes déclarations insultantes pour les commentaires sur YouTube.

Et parfois, même souvent, une fille s’habille sexy juste parce qu’elle veut se sentir belle, parce que ça lui tente, sans aucune intention de faire le tango horizontal. Ça arrive plus souvent que vous le pensez.

Bon, on a parlé à ces messieurs, maintenant, c’est votre tour les filles. Parce que ceux qui sont les plus rapides sur le piton de juger les femmes selon leurs apparences, ce ne sont pas les hommes. (YÉÉÉÉÉ vous voyez messieurs, les féministes ne vous accusent pas de TOUS les maux de la société, mais attendez un peu, parce que je vais quand même vous sortir le gros méchant mot patriarchie dans pas long, désolée).

En effet mesdames, êtes-vous familières avec le terme « girl hate »? On parle ici des attitudes agressives et haineuses que les femmes ont les unes envers les autres. En décortiquant le terme, on voit à quel point le mécanisme est sexiste, on parle de girls pour dénoter une immaturité et de hate parce qu’on suppose que les femmes ne sont pas capables de réagir de façon raisonnable à quelque chose qui les dérange. Le stéréotype même de la femme enfant irrationnelle. Si vous êtes passée par l’école secondaire, vous savez exactement de quoi je parle. Et beaucoup de femmes grandissent, mais ne sortent pas de l’école secondaire.

Romy and Michele's High School Reunion est mon film fétiche en passant. Je suis certaine que vous êtes extrêmement surpris d'apprendre ça.

Romy and Michele’s High School Reunion est mon film fétiche en passant. Je suis certaine que vous êtes extrêmement surpris d’apprendre ça.

C’est partout dans l’attitude des femmes, on juge les autres selon des critères stricts et souvent carrément méchants, on saute aux conclusions sans même réfléchir. Et c’est multiplié lorsqu’il y a un rapport direct ou non avec leurs habitudes sexuelles (réelles ou supposées).

J’ai lu un article qui donne l’exemple d’une jeune femme qui travaille dans une émission pour adultes (je vais essayer de retracer l’article, c’est Arden Leigh qui l’avait partagé sur Twitter) qui après avoir indiqué à la serveuse du resto que son verre était sale s’est fait répondre devant ses parents et sa grand-mère « well, at least I don’t show my tits on tv » (« au moins je ne montre pas mes totons à la télé »). Euh, quel ostie de putain de rapport l’exposition consentante de ses seins a avec le fait que ton plongeur a mal fait sa job?

Les travailleuses du sexe subissent la pire forme de girl hate constamment, mais toutes les filles la subissent. C’est dans tous ces commentaires que les filles font sur les autres sans aucune base autre que les apparences. On me regarde et tout de suite on juge que je suis en mauvaise santé, que je mange du fast-food tous les jours, que je ne prends pas soin de moi, que je suis mal dans ma peau, tout ça parce que j’ai un surplus de poids et que je ne me maquille pas. J’exagère à peine et vous le savez. Mais c’est encore pire avec les femmes qui s’habillent sexy. Automatiquement, elles deviennent des cochonnes qui font de la pub pour se faire mettre et tout succès qu’elles ont, professionnel ou personnel, est immédiatement classé dans la catégorie « elle a baisé quelqu’un pour y arriver ».

Les copains, vous seriez surpris de voir combien de so-called pichous ne réussissent à avoir des promotions qu’après une pipe, l’air de la fille n’a rien à voir là-dedans, comme dans toute relation abusive, c’est une question de pouvoir, pas de désir.

Et bien entendu, si une femme est belle, peu importe comment elle s’habille, tous ses succès sont associés à sa plastique, pas à son talent, son travail ou son intelligence.

Je vous entends déjà me sortir les pseudoarguments scientifiques « mais c’est connu, depuis la préhistoire que par instinct, on choisit les spécimens les plus beaux pour la reproduction. » « Les belles personnes ont plus de succès en partant, c’est connu. »

Spécimen génétique parfait, cette créature céleste s'est reproduite à aux moins trois reprises.

Spécimen génétique parfait, cette créature céleste s’est reproduite à aux moins trois reprises et a fait des centaines de milliers de dollars à l’aide de sa classe et de son sex-appeal.

« Les spécimens les plus beaux » est une façon erronée de voir l’évolution. Ce sont les spécimens les mieux adaptés qui se reproduisaient le plus fréquemment. Les autres se reproduisaient quand même, juste moins. Et avec l’apparition de la société moderne, la société a pris une dominance sur l’instinct en ce qui a trait aux qualifications du spécimen devant se reproduire. Les standards de beauté modernes ne sont pas des garanties de santé, loin de là. Pour ce qui est du succès des belles personnes, regardez la formule à l’envers, on réagit favorablement face aux belles personnes. Pourquoi? Parce que partout, depuis notre plus tendre enfance, on vante les belles personnes, purement et simplement. Ce n’est pas un instinct incontrôlable, il est très fortement renforcé par notre éducation et par la société en général.

Mais voilà, répondre aux standards de beauté, c’est compliqué en maudit. Les vedettes hollywoodiennes ont une plastique parfaite parce que c’est leur job. Ils ont un entraîneur, un nutritionniste, et souvent un cuisinier à leur disposition aux frais de la compagnie de production. Quand ils ne sont pas sur le plateau de tournage, ils ont le temps de faire 4 à 6 heures d’entraînement par jour. Ils ont des stylistes pour choisir les vêtements qui leur vont le mieux, une maquilleuse et une coiffeuse pour les mettre à leur avantage sur les tapis rouges, et, si nécessaire, un chirurgien plastique peut corriger ce qui est hors des compétences des autres. Ils sont certes génétiquement avantagés dès le départ dans la plupart des cas, mais je vous garanti que mon beau Chris Evans chéri n’aurait pas ce corps s’il travaillait 9 à 5, 50 semaines par année chez Raymond Chabot Grant Thornton. Parce qu’il n’aurait ni le temps, ni les moyens de se construire un body avec les proportions d’un Doritos, bonne génétique de base ou non.

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Ça donne faim…

Comme on nous dit que c’est de ça qu’on doit avoir l’air, et que c’est impossible d’avoir l’air de ça en vrai, tout le monde développe des complexes et personne ne se trouve « assez bien » pour leur partenaire de vie. Il y aura TOUJOURS une fille plus belle, plus sexy, plus jeune que votre chum va sûrement avoir envie d’avoir plutôt que vous. On le pense parce que c’est ce que la société considère comme étant l’état naturel des choses. Ça s’appelle l’hypergamie, c’est-à-dire le choix d’un partenaire pour des raisons d’avancement social. Dans le système d’hypergamie, on n’est avec un partenaire que parce qu’il est le plus profitable financièrement ou socialement, dès qu’on en trouvera un mieux, on changera. Il y a BEAUCOUP d’exemples d’hypergamie dans la fiction (c’est à la base de toute l’oeuvre de Jane Austen, même si au final, ses protagonistes se rebellent souvent contre le système) et dans la réalité (Donald Trump et Hugh Hefner changent régulièrement de conjointe pour un modèle plus récent). Ça existe, mais ce n’est pas la majorité des gens qui fonctionnent ainsi. Si c’était vraiment un incontournable, il y a seulement deux personnes au monde qui auraient le droit de se reproduire, l’homme le plus riche et la femme la plus belle.

L’hypergamie est très présente dans le fonctionnement du girl hate, comme on achète la notion que les hommes ne cherchent qu’une femme jeune et jolie et qu’ils vont changer de partenaire dès qu’ils en trouveront une plus à leur goût, on devient, par la force des choses, des compétitrices naturelles. D’où le réflexe très ancrée chez les filles d’être hostiles envers les autres femmes, la jalousie envers la jolie secrétaire, la haine envers la danseuse légèrement vêtue et la propension de penser AUTOMATIQUEMENT que la fille en top à bretelles spaghetti qui jase avec ton chum veux et va coucher avec lui. Parce qu’elle a un top serré, elle est forcément célibataire, ou si elle ne l’est pas, elle n’est pas monogame. Parce qu’elle jase avec ton chum en portant un top serré, elle a forcément envie de coucher avec lui (qu’elle ait mis ce top pour séduire ton chum ou un autre ou juste parce qu’elle aime son top serré n’a pas d’importance, apparemment) et comme il n’est qu’une bête incapable de contrôler ses pulsions sexuelles, la seule vue de son décolleté lui fait automatiquement oublier ton existence et il ne pense qu’à la sauter dans la salle de bain.

Je ne dis pas que ce scénario est impossible, il y a des gens qui sont comme ça, des filles qui ne pensent qu’à se trouver un gars riche et se foutent complètement de l’aimer ou non. Des gars qui ne pensent qu’avec leur queue. On les appelle des trous de cul et en général, ils sont faciles à repérer et à éviter. Et d’assumer automatiquement que tous les gens qu’on rencontre sont des trous de culs, c’est de la paranoïa, pas de la vigilance. Il faut être réaliste, mais être vraiment réaliste, c’est aussi voir le temps et l’énergie que ton partenaire de vie mets dans votre relation et de comprendre qu’il n’aura pas nécessairement envie de tout balancer par-dessus bord pour une paire de seins. Ça arrive, mais ce n’est pas automatique. Et la jalousie à tout crin est une excellente façon de le pousser à partir. La confiance n’est pas de la naïveté.

Le girl hate est un système d’autorégulation qui dérive de la pensée patriarchique (eh oui, voilà la féministe qui sort officiellement!). C’est un réflexe extrêmement misogyne qui considère la sexualité féminine comme un danger public qui doit être contrôlé à tout prix. On apprend aux femmes à être insécures, et donc à être envieuses et à se mettre en compétition pour les faveurs masculines. C’est une façon de leur retirer le pouvoir de décision sur leur vie sexuelle et de transformer leurs désirs et leur pulsion en péchés qu’on doit éliminer à tout prix. On leur apprend à ce policer les unes et les autres, ce sont les femmes qui sont les premières a appliquer les règles sociales de ce qui est acceptable ou non et qui sont les plus promptes à sauter dans le train de la honte (je vous réfère à l’histoire de la serveuse qui ne s’est pas gênée pour insulter sa cliente citée plus haut) et peu importe ce qu’on est, au final on ne mérite pas le respect.

La fille belle est forcément une conne :

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La fille moche est indigne de considération, peu importe ce qu’elle fait:

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(Oh qu’il y a une analyse féministe de Family Guy dans mon futur. Pas un jugement de qualité, j’aime bien Family Guy, et je comprends que c’est de la satire, mais ça n’empêche pas d’utiliser ladite satire pour souligner les mécanismes sexistes, parce que, avouons-le nous, ce n’est pas tout le monde qui arrive automatiquement à lire le deuxième degré et beaucoup prennent Peter Griffin, Homer Simpsons et Eric Cartman pour du cash.)

Dès l’enfance on nous apprend (aux garçons comme aux filles) qu’une femme bien se couvre, est polie, gentille, pure, belle (mais pas trop) et que ses pets sentent la rose. Les femmes qui ne se conforment pas à cette description sont sans classe, ne se respectent pas, sont des putains et doivent être punies. Les hommes intériorisent cette logique par la dichotomie de la vierge-putain et l’objectification, les femmes l’intériorisent par la punition sociale (toutes les head cheerleaders de films d’ados sont les exemples types.)

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J’ai longtemps souffert des conséquences du girl hate, en tant que victime (une grassouillette sensible ne traverse jamais le secondaire sans encombre) et en tant que dispensatrice. L’envie est un sentiment destructeur purement et simplement. Haïr quelqu’un simplement parce qu’il ou elle a ce qu’on veut ne sert à rien. En découvrant de mon côté les mécanismes du girl hate (dans les vidéos de Laci Green et les écrits du Dr NerdLove et d’Arden Leigh), j’ai pris conscience de mes réflexes et j’essaie de plus en plus de les combattre. J’ai encore des pensées misogynes et méchantes régulièrement, mais je les identifie comme telles et je corrige ma pensée. C’est un exercice à long terme, mais les résultats sont assez immédiats et très rémunérateur au niveau psychologique et émotionnel. En me libérant de l’envie et des pensées méchantes envers les autres femmes, j’arrive à m’apprécier beaucoup plus et je me sens mieux dans ma peau. C’est pratiquement magique, mais ça demande de la vigilance et des efforts, les réflexes ne se combattent pas facilement.

Essayez l’exercice mesdames et messieurs, quand vous croisez quelqu’un que vous ne connaissez pas, essayer d’identifier vos réactions clichés et changez la switch de bord, vous m’en donnerez des nouvelles.

Et j’ai décidé que demain, je vais aller travailler en leggings.

Vous avez une question dont vous voudriez que Matante discute? Quelque chose vous chicotte et vous aimeriez avoir une opinion ouverte et respectueuse? Écrivez à Matante, votre question sera traitée anonymement sur le blogue. Peu importe le sujet, je suis curieuse et j’aime aider. RealMatanteElise@gmail.com

Soyons positifs, Carol & Daryl 4 Ever : Le plus extraordinaire couple de la télé américaine

(Spoiler pour les 4 premières saisons et vagues informations sur le début de la cinquième de The Walking Dead)

Bon, matante vous parles beaucoup de toxicité et de mauvaises relations ces temps-ci, il faut bien que parfois elle vous parle des exemples de belles relations qui émergent dans la culture populaire.

Aujourd’hui, je vais vous parler de Carol Peletier et Daryl Dixon, deux des personnages de la série américaine The Walking Dead, diffusée sur AMC (présentement dans sa 5ieme saison), de l’extraordinaire développement de leurs histoires et de la relation entre eux.

(Note : le texte présent se base ENTIÈREMENT sur la série télé, je n’ai pas lu les comics, et, de toute façon, Daryl n’apparait pas dedans, donc laissez vos commentaires sur les différences avec les comics pour reddit et tumblr, matante s’en fout…)

Alors, pour les non-initiés, la série The Walking Dead a lieu en Georgie, USA, à l’époque moderne, alors que Rick Grimes (joué par l’excellent acteur britannique Andrew Lincoln, avec un accent du sud, trop hot), Shérif d’une petite ville non loin d’Atlanta, s’éveille à la suite d’un coma provoqué par une blessure par balle pour découvrir que l’hôpital et la ville entière sont déserts, à l’exception d’une multitude de cadavres ambulants assoiffés de chaire humaine. (Ouais, c’est des zombies, mais ils n’utilisent pas ce nom dans la série, ils disent walkers, bitters ou geeks). Il doit retrouver sa famille et tenter de survivre dans un monde où tout s’est effondré et les morts-vivants ne sont que la menace la plus évidente…

L’univers post-apocalyptique, tout en nous donnant de gros frissons et de l’action saignante à point, permet une exploration sur la société et les relations humaines suprêmement intéressante. Dans les deux premières saisons, par exemple, Rick, shérif et bon gars, doit choisir entre ses principes et la survie de sa famille. Son partenaire Shane, explore les tréfonds de son manque d’empathie et, en l’absence de règles sociales fortes et établies, perds ses repères et devient une figure tragique de perte de contrôle. Lori, l’épouse de Rick, se trouve elle aussi perdue sans sa place bien définie et rassurante de mère et de femme au foyer. Lori n’est pas faible, mais elle est perdue. Les trois sont pris dans un triangle amoureux foutrement plus intéressant que celui de Twilight. La relation de ces trois personnages a conduit les deux premières saisons et avivé les passions, et la haine, de plusieurs fans. Tout le monde hait Lori et Shane, ils ont des bonnes raisons pour ça, mais moi je les aime, dans tout leur trou-de-culisme, comme dirait François Pérusse. Ce sont des âmes à la dérive qui ont perdu leurs place et n’arrivent pas à s’adapter au monde qui est devenu le leur.

J’aime les autre aussi : Andrea, l’avocate qui veut tout le temps s’imposer de la mauvaise manière et se fait rabaisser sans cesse, Dale, le vieux sage plein de cœur avec son chapeau de Gilligan, Michonne, la samouraï solitaire, Glenn et Maggie, les amoureux accrochés l’un à l’autre dans la tempête, Hershel, l’homme simple plein de conviction et d’aveuglement qui se transforme en boussole morale, Beth, l’ado suicidaire qui devient une figure maternelle forte, Sasha et Tyreese, frère et sœur qui gardent un fond fort de bonté sous leur carapace dure dans toute cette horreur, Carl, obligé de passer d’enfant à adulte beaucoup trop tôt, le Governor, le bad guy de la troisième et la quatrième saison, un fou braque comme on en voit peu, et tous les autres, tant de personnages forts qui ne stagnent pas, cette série est foutrement bien écrite (je suppose que le matériel de base, les comics, sont tout aussi solides côté écriture.)

Ouais, j’adore cette série. Mais on est ici aujourd’hui pour parler des deux diamants de cet assemblage de précieux joyaux de personnages.

Il est tout d’abord important de savoir que le personnage de Daryl Dixon n’existe pas dans la bande dessinée. L’acteur Norman Reedus a auditionné pour le rôle de Merl, mais les producteurs ont plutôt choisi Michael Rooker (un fucking bon move de casting, Rooker casse la baraque en Merl, il est jouissif à regarder). Ils ont toutefois tellement aimé Reedus en redneck, qu’ils ont créé un petit frère à Merl, Daryl. Grand bien leur en fit, car Daryl, avec son arbalète, sa Harley (techniquement, c’est celle de son frère) et sa veste de cuir sans manche avec des ailes au dos, est carrément devenu une icône. Reedus reçoit énormément d’attention de fans transis d’amour : il a reçu en cadeau un écureuil (le plat traditionnel des rednecks) de la part d’une fille qui lui a dit qu’elle l’a chassé avec une pelle (c’est à la fois impressionnant et inquiétant), s’est fait demander de souffler dans une bouteille par des fans japonaises qui ont ramené son haleine avec elles à Tokyo et une fan lui a même envoyé un implant mammaire pour lui remonter le moral après qu’il ait dit qu’il ne feelait pas dans une entrevue. Il le garde dans sa roulotte sur le plateau de tournage de la série et s’en sert comme support pour son téléphone. (J’adore Norman Reedus!)

Il va sans dire que, dans l’éventualité où Daryl Dixon perdrait la vie, il y aurait probablement des émeutes…

Carol Peletier, elle, existe dans les comics avec sa fille Sophia, mais, si je me fies à wikipedia, son personnage est extrêmement différent. Dans la série, on voit aussi son époux Ed durant la première saison, ce qui établit les bases du personnage. Melissa McBride, tout comme Norman Reedus, est la définition même du terme Powerhouse Performer, c’est une actrice christement solide et l’extraordinaire voyage de Carol perdrait la majorité de sa puissance avec une actrice moins talentueuse.

La relation entre ces deux personnages n’est pas traditionnelle, il n’y a pas de sexualité entre eux, mais elle est pleine d’amour profond et de respect et je trouve que c’est une des relations les plus romantiques qu’il m’ait jamais été donnée de voir. Est-ce qu’ils sont amoureux? Pas tout à fait, peut-être un peu, mais ce ne sont pas de simples amis non plus.

On commence par le début :

Donc, au début de la série, il y a Carol, maman de Sophia et épouse d’Ed, l’exemple type du chien sale. Ed bats sa femme et regardes sa fillette de 12 ans avec un air inquiétant. Tsé, un vrai champion en camisole blanche, là. Carol est soumise et apeurée face à son mari, mais elle se durcit toutefois lorsque Ed louche du côté de sa petite. Heureusement pour Sophia et sa maman, les zombies se tapent un petit buffet dans le bide d’Ed en fin de saison un et les libèrent ainsi de cette ombre menaçante.

À cette époque, j'ignorait encore à quel point j'allais t'aimer ma belle.

À cette époque, j’ignorait encore à quel point j’allais t’aimer ma belle.

Daryl pour sa part, joint le groupe avec son grand frère Merl, qui est lui aussi un salaud, mais d’un autre genre. En effet, on apprend plus tard que l’intention première des deux frères Dixon était de voler le campement et de se sauver dans la nuit. C’était l’idée de Merl et Daryl, en bon petit frère manipulé, l’a suivi. Les circonstances en ont voulu autrement quand Merl disparaît lors d’une expédition de ravitaillement à Atlanta. Daryl choisit de rester avec le groupe et commence à se faire une place dans ce monde bizarre.

Ses premiers mots: "Son of a bitch! That's MY dear!" et tout le monde l'a adoré dès la première seconde le tabarouette.

Ses premiers mots: « Son of a bitch! That’s MY deer! » et tout le monde l’a adoré dès la première seconde, le petit tabarouette. Non mais regardez cette face de tanant, vous aussi vous sentez l’affection grandir, avouez!

La première véritable interaction entre Daryl et Carol survient suite à la mort d’Ed. Pour protéger le groupe, Daryl et les autres hommes doivent briser le crâne des victimes de l’attaque afin de prévenir leur retour en zombie. Lorsque vient le tour d’Ed, Carol demande à Daryl de la laisser s’en charger et l’acte de péter le crane d’Ed a sûrement un effet cathartique sur la femme abusée qui se libère de ses chaînes matrimoniales.

C’est surtout durant la saison deux que leur relation prend forme.

L’action principale de la saison deux est enclenchée durant le premier épisode lorsque Sophia, la fille de Carol, se perds en forêt. Carol, au désespoir, s’effondre peu à peu, passant de la panique, à la culpabilité, au blâme et à la dépression. Daryl, en traqueur expérimenté, prend le lead dans les recherches pour trouver la fillette et refuse, tout comme Rick, d’abandonner, malgré les prédictions pessimistes de Shane qui rappelle à son collègue policier que les chances de retrouver la gamine baissent à chaque jour et sont pratiquement nulles.

Daryl apporte aussi du réconfort à la mère blessée, en lui amenant une fleur (Cherokee Rose, dans une bouteille de bière, parce que c’est le contenant traditionnel du redneck, j’imagine) et en lui racontant la légende indienne de ces mères Cherokee qui ont versé tant de larmes à la perte de leurs petits durant les déportations (la fameuse Trail of tears) que les dieux ont fait pousser la rose pour apaiser leur douleur. Il lui dit ensuite que s’il sait pertinemment que personne ne regrette son frère (« I’m not fool enough to imagine that there’s a flower blooming for my brother ») il est persuadée que celle-là a fleuri pour Sophia et qu’il va la retrouver. Melissa McBride brille en subtilité dans cette scène, les larmes coulant librement sur les joues de Carol sans un seul sanglot et son regard éloquent, ça donne des frissons. La fragilité de Carol durant cette période est palpable, on a l’impression que si on respire trop fort, elle va éclater en mille morceaux. Mais, sous-jacent, un espoir, contre toute attente, que sa petite fille est encore en vie, quelque part.

Daryl continue les recherches seul à cheval et se blesse sévèrement (une flèche dans la hanche, et une balle lui effleurant le crâne, gracieuseté de Trigger Happy Andrea qui l’a pris pour un zombie) et c’est à ce moment qu’entre en scène l’échange qui, selon moi, est à la source de la relation entre les deux. Daryl est alité et bandé (dans le sens de bandages en tissus, pas dans le sens de Pédro au garde à vous, bande de pervers.) et Carol vient lui porter un plateau. Elle lui donne un baiser sur la tempe et lui dit qu’il a plus fait pour sa fille dans les derniers jours qu’Ed dans toute sa vie. Daryl lui répond qu’il n’a rien fait que Rick ou Shane (les deux leader du groupe, dois-je rappeler) n’auraient fait. Et Carol lui assène le coup de grâce:

« I know, you’re every bit as good as them. Every bit. » (Je sais, tu vaux exactement autant qu’eux. Tu es exactement aussi bien qu’eux.)

Girl, tu vas me faire brailler. Imaginez, le redneck de rien, qui a mangé des volées toute son enfance, qui s’est perdu 9 jours dans les bois à 10 ans et que personne n’a même pris la peine de chercher, qui a vécu toute sa vie dans l’ombre d’un frère qui le rabaissait pour mieux pouvoir s’en servir, se fait dire qu’il est un homme aussi honorable et valable que les deux policiers qui sont en charge du groupe? Moi aussi j’aurais commencé à vénérer cette femme à sa place.

Petit moment émotif, entendez vous les anges chanter?

Daryl en plein petit moment émotif, entendez vous les anges chanter?

Bien entendu, l’attachement de Carol et Daryl n’est pas harmonieux et sans heurts. Daryl réagit agressivement à la fragilité que Carol lui démontre lorsqu’elle tente de l’empêcher de repartir en forêt avant qu’il ne soit guéri. Il ne veut pas être responsable de son équilibre. Daryl Dixon ne peut accepter que quelqu’un se soucie de lui parce qu’il ne peut accepter qu’il vaille la peine qu’on se soucie de lui. Il se reprends toutefois, fait des excuses sincères et réaffirme sa conviction qu’il va retrouver Sophia.

La découverte de Sophia dans la grange d’Hershel, en zombie, démolit les deux personnages (et Rick aussi, qui se sent responsable de la disparition de la fillette, et bordel, le regard d’Andrew Lincoln dans cette scène me fait capoter, y as pas un seul mauvais acteur dans cette série). Carol se remets plus vite que Daryl, probablement parce que la mort officielle de son bébé lui donne enfin la certitude nécessaire pour faire son deuil. Lui se sent en colère et s’isole du groupe, son échec réveillant sa conviction un incapable et qu’il se berce d’illusions. Il est agressif et désagréable avec tout le monde, pour les éloigner. Et encore une fois, Carol s’attire les foudres de Dixon lorsqu’elle essaie de l’empêcher de se détacher du groupe, elle ne veut pas le perdre lui aussi et elle lui dit qu’il mérite mieux que de rester seul. C’est encore une scène puissante entre deux acteurs au sommet de leur art, Daryl menaçant, limite violent, et Carol qui le regarde droit dans les yeux, déterminée à ne pas se laisser intimider, convaincue qu’il ne lui fera pas de mal.

C’est intéressant de voir la dynamique masuclin/féminin entre les deux. À première vue, ce sont des stéréotypes assez classiques, mais il y a tellement plus sous la surface. Même si Daryl, redneck jusqu’au bout des ongles (on le voit même manger de l’écureuil cru pendant la saison deux, beurk) utilise un language injurieux (il est, tout comme Jesse Pinckman de Breaking Bad, un amateur de « bitch »), même s’il est très masculin et qu’il a définitivement un penchant colérique, surtout durant les deux premières saisons, pas une seule seconde on ne pense qu’il est misogyne. Dangereux? Probablement. Impulsif? Définitivement. Mais mauvais? Absoluement pas. Carol, pour sa part, même si elle est le stéréotype typique de la femme abusée, petit oiseau fragile qui essaie de se fondre dans le décor, elle laisse entrevoir à dose minime, peu à peu, l’extraordinaire femme forte en devenir (et aussi la froideur dont elle fera preuve durant les épreuves qui l’attendent dans les saisons 4 et 5 (look at the flowers), mais je n’en dirai pas plus, c’est trop douloureux et je veux que vous le voyez par vous même). Ce dosage subtil en doit autant à l’écriture qu’à la performance de Melissa McBride, qui manie Carol avec finesse, du grand art.

L’invasion de la ferme des Green et le départ sur la route à la fin de la saison deux transforment la dynamique du groupe. Carol exprime ses doutes sur Rick à Daryl,  et essaie de le convaincre de partir avec elle (elle tente même de le manipuler en appelant à son honneur, mais ça ne fonctionne pas). Lui affirme qu’il a pleine et entière confiance en Grimes. Lorsque Rick, à bout, déclare qu’il n’y aura plus de démocratie, et que ceux qui ne veulent pas le suivre n’ont qu’à partir, Dixon reste sans hésiter une seconde, et donc Carol choisit de rester elle aussi.

Au début de la troisième saison, qui a lieu 6 ou 7 mois après la finale de la saison deux, le groupe est devenue une cellule de survie et Carol s’est développée en une femme d’action. Elle s’est prise en main, a appris à tirer et à soigner les blessures avec Hershel. Elle s’est rapprochée de Lori et se prépare à l’aider durant son accouchement. (une zombie fraîchement tuée, c’est un bon dummy pour s’exercer a pratiquer une césarienne avec un poignard hein? Encore une fois, beurk! J’adore cette série…)

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Deux badass, faisant des trucs de badass.

Elle a même trouvé un sens de l’humour pince sans rire comme dans une de mes petites scènes préférées entre elle et Daryl. Daryl est sur le toit d’un camion au bord de la barrière de la prison où le groupe passe sa première nuit, à surveiller les environs, et Carol vient lui donner à manger. Elle admet qu’il a eu raison d’avoir confiance en Rick et, après qu’il ait massé son épaule douloureuse (Carol a dû tirer beaucoup pour nettoyer la cour de la prison et ressent les effets secondaires du recul de l’arme), elle lui dit avec un sourire en coin (et je ne traduirai pas, parce que c’est le jeux de mots qui est drôle, désolé, si vous parlez pas anglais, vous la trouverez pas drôle)

Daryl: We better get back.

Carol : That’s pretty romantic, wanna screw around?

Daryl: Pfft! I’ll go down first.

Carol: Even better!

Daryl: Stahhhp!

Les deux ont développé une belle complicité.

Lorsque Carol se trouve prise dans une cellule d’isolement durant l’attaque de la prison, Daryl et les autres sont persuadés qu’elle est morte et Dixon est clairement en colère. Mais cette fois-ci, c’est plus intériorisé qu’après la perte de Sophia, parce qu’il sait qu’on a besoin de lui. En effet, sans Daryl et Maggie, qui sont parti à la recherche de lait maternel, bébé Judith n’aurait pas survécu longtemps après sa naissance. C’est Daryl qui retrouve Carol et les scripteurs et le réalisateur offrent aux fans du couple une belle scène de Carol dans les bras de Daryl.

 AWWWWW, ça serait cute si elle n'était pas incapable de marcher parce qu'elle est affamée et déshydratée par son séjour de 3 jours en cellule...

AWWWWW, ça serait cute si elle n’était pas incapable de marcher parce qu’elle est affamée et déshydratée par son séjour de 3 jours en cellule d’isolement…

Lorsque Daryl retrouve son frère et décide de partir avec lui, la peine de Carol est évidente, mais elle fait vite la paix avec son choix. Elle explique à une Beth inquiète le genre de relation que les frères Dixon ont, et on sent le spectre d’Ed dans son discours. Mais on sent aussi qu’elle a confiance en son ami, qu’elle sait que Daryl est un homme bien et que Merl n’en fera plus son valet. Et elle a raison. Au retour de Daryl avec Merl, c’est Carol qui lui explique qu’elle comprend qu’il aime son frère, mais que Merl est mauvais pour lui et qu’il ne doit pas se laisser rabaisser. Merl est impressionné par l’évolution de la femme, de petit oiseau apeuré à femme forte qui n’a peur de rien. Ce à quoi Carol réagit en mettant Merl au défi de cesser de balancer à gauche et à droite et de choisir son camps. C’est certainement un élément d’influence dans la décision de Merl de se sacrifier pour donner une chance au groupe contre le Gouverneur et les troupes de Woodbury. La mort de Merl affecte Daryl, mais le libère à son tour d’une ombre qui pesait sur sa vie.Le fait que Merl soit décédé dans un acte de sacrifice, prouvant qu’il n’était pas un salaud irrécupérable, a probablement aidé son petit frère à faire la paix avec ses démons.

Il y a peu à dire sur la relation entre Carol et Daryl durant la saison 4, leur relation a atteint sa vitesse de croisière et n’évolue plus vraiment, ils sont toujours aussi proches. Carol l’appelle affectueusement Pookie et lui rappelle qu’elle l’a aimé en premier, en référence à l’admiration que les nombreux habitants de la prison ont face à celui qui les a amené en sûreté et leur fourni à manger. Carol et Daryl sont séparés pour une grande partie de cette saison, leurs personnages évoluent de leur côté (et Carol se voit confronté a des choix fucking déchirants) et ne se retrouvent qu’au début de la cinquième saison. Mais ils s’aiment toujours autant. Il restera à voir comment les décisions de Carol viendront l’affecter, mais je suis certaine que Daryl sera là pour la maintenir bien ancrée sur terre, ou, à tout le moins, il va essayer à sa façon, je ne sais pas si ce sera efficace.

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Pookie et sa fan numéro un.

Daryl et Carol, contrairement à leurs compagnons, ne souffrent pas de la perte de repères que l’effondrement de la société a occasionné, parce qu’ils étaient déjà dans la marge et n’avaient pas de place dans la société avant l’Infection. Ils ne sont pas perdus, comme Lori ou Andrea, ils n’ont jamais défini leur identité par leur place dans la société. Les walkers leur ont donné l’occasion de devenir membres à part entière d’un groupe, des membres importants et utiles, une occasion qu’ils n’auraient probablement jamais eu autrement.

La relation entre ces deux personnages est tellement viscérale, ils débutent tous les deux leur histoire en victimes blessés chacun à sa façon et trouvent ensemble le courage de prendre ce monde de face. Tous les deux ont vécu dans l’ombre de personnes qui avaient promis de les aimer, mais qui ne leur ont donné que du mépris et de la violence. C’est probablement pour ça qu’ils parlent le même langage et sont capable d’offrir à l’autre ce dont il a besoin. C’est dans Daryl que Carol a trouvé la force d’espérer envers et contre tout, c’est en Carol que Daryl a vu le reflet de l’homme honorable qu’il pouvait devenir. Ils n’ont pas besoin de grandes explications ou de déclarations fleuries, leur connexion vient tout droit des trippes et se passe de mots.

Bien des fans de la série font du shipping Daryl/Beth depuis leur cuite à la fin de la saison 4, mais je n’aimerais pas vraiment ce pairing. De un, la jolie blonde de 18 ans et le redneck dans la trentaine avancé (on ne sait pas l’âge exact de Daryl, mais il n’est pas dans la vingtaine et Reedus a 45 ans dans la vraie vie, donc, je ne pense pas m’avancer trop en évaluant qu’il a au moins 35 ans au début de la série), ça a un peu trop un relent de Jailbait à mon goût (et Carl serait TRÈS déçu de perdre la seule fille plus ou moins de son âge des environs…) Aussi, ça risquerait trop de tomber dans le cliché de « je vais te guérir à coup d’amour oh mon preux chevalier protecteur » et Dieu sait que matante aime pas ce cliché. Beth est géniale, et ce que j’ai lu de ses aventures dans l’hôpital au début de la cinquième saison est prometteur (non, je ne regardes pas les épisodes, je veux attendre de pouvoir tous me les tapper d’une shot, mais j’ai pas la patience d’attendre pour savoir ce qui va se passer, donc je vis de spoiler tous les lundis), mais je ne pense pas qu’elle ferait une bonne Madame Dixon. Mais c’est juste mon opinion.

Est-ce que ça veut dire que je préfèrerait Carol en Mme Daryl? Pas nécessairement. Un développement romantique à leur relation me semblerait plus logique que dans le cas de Daryl et Beth, mais je n’ai pas besoin de les voir s’embrasser pour considérer qu’ils ont réussi leur relation. Elle est déjà réussie. Je ne pense pas qu’il soit absolument nécessaire que Daryl (ou Rick, parce qu’il a aussi ses théories de relations potentielles à toutes les saisons) trouve l’amour avec un grand A, on peut très bien réussir sa vie, et son histoire, sans ça… Mais Carol ferait plus de sens que tout autre candidate s’il faut le caser.

Norman Reedus a souvent dit en entrevue lorsqu’on lui parle d’une éventuelle relation romantique pour Daryl, que ce soit avec Carol, Beth ou quiconque, qu’il espérait que ce serait maladroit et réaliste, qu’il a toujours abordé Daryl comme virginal, pas nécessairement vierge, mais mal à l’aise, et ça paraît dans ses interactions avec les autres. La seule personne qu’il est à l’aise de prendre dans ses bras est Carol, et elle a gagné ce droit après beaucoup de temps.

à part bébé Judith, ce qui a fait tomber toute l'audience féminine dans les pommes.

Ok, il y a aussi bébé Judith, ce qui a fait tomber toute l’audience féminine dans les pommes. Petite chanceuse va, et tout ce dont elle a eu besoin, c’est de passer à deux doigts de mourir de faim à quelques heures de sa naissance!

Mais même avec elle, Reedus ne joue pas Dixon complètement détendu, il y a toujours un regard en coin, une hésitation, et McBride prend toujours la peine de réagir à cette tension sans dire un mot. Tout est dans le non dit, et les deux acteurs sont vraiment extraordinaires.

Mais peu importe la fin, qu’ils finissent ensemble ou non, l’histoire de Daryl et Carol est ma préféré, une histoire simple, sans jeux de pouvoir, sans bullshit, sans tension sexuelle clichée, sans regards languis d’amour en close-up pour qu’on sache qu’ils s’aiment d’amour amoureux, sans possessivité ou quiproquos. Une relation pleine d’amour simple et de respect entre un homme et une femme, qui n’ont pas besoin de jouer de game, qui, s’ils ne se disent pas tout, ne se mentent jamais. Je suis heureuse de les regarder évoluer, on a besoin de plus d’histoires comme la leur.

quid-de-carol-dans-tout-ca

AWWWWW ils sont cute tous les deux!

Mise à jour du lundi matin:

Ok, Norman Reedus a mis cette capture d’écran de son téléphone sur Instagram hier soir après la diffusion de l’épisode « Consumed » (un épisode entier juste sur Daryl et Carol!!! Trop hâte de le voir!!!) et elle est trop drôle, sa maman aussi est une fan de Carol! (Plus texto de môman que ça, tu meurs. Aussi, j’espère qu’il a branché son cell rapidement après ça, c’est pas bon de laisser la batterie se vider autant…)

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Mom

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