Le Grand Visionnement 2015 Partie Un: Tom Hardy: L’ascension du Chevalier Noir / Stuart: Une vie à l’envers.

Ok, on commence par le commencement. J’ai entendu le nom de Tom Hardy pour la première fois sortant de la bouche de mon cousin Georges avec la même révérence avec laquelle il parle du Punisher, bref, cette adoration qui est habituellement réservée à une Divinité. Il me parlait du film Bronson, qui fait partie de la liste.

J’avais pas vraiment d’intérêt à voir Bronson, un film sur le criminel le plus violent de l’histoire carcérale d’Angleterre, et la seule chose qui a retenu mon attention dans la conversation, c’est quand il a parlé de nudité frontale (« Ouh! Y a un PÉNIS dans ce film!!! »). Mais bon, même la promesse d’une queue dans un contexte hors porno n’était pas assez pour me donner envie de voir ce film. Une décision que je regrette amèrement maintenant que je l’ai vu. Toutes ces années passées sans avoir vu la scène de graissage, et cette bande sonore qui hante mes cauchemars les plus sombres.

Mais on reviendra à Bronson en temps et lieu.

Ma première rencontre à l’écran avec Tom Hardy a été :

L’Ascension du Chevalier Noir (The Dark Knight Rises) :

Note : le titre est en français pour les films que j’ai visionné d’abord en français, en anglais pour les autres. La traduction en parenthèse pour vous donner les deux titres au cas où votre curiosité serait piquée et que vous vouliez trouver un de ces films.

Rôle : Bane.

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Je n’ai pas grand-chose à dire sur la performance d’Hardy dans ce film. Il fait sa job, et il la fait bien, comme toujours, mais les limites du personnage cachent une grande partie de sa marque de commerce. Hardy a un regard perçant, qui peut être hyper doux, séducteur et attachant, douloureux et triste ou tellement menaçant que vous craignez pour votre sécurité même si vous êtes très conscient que le monsieur peut pas sortir de la tv. Bane ayant le visage caché, on a une idée de la puissance du regard, mais ce n’est pas le potentiel complet de Tommy qui est à l’écran.

Mon jugement est aussi biaisé par le fait que, connaissant les comics, le Bane qu’on a vu à l’écran dans le film de Nolan est…. Disons… décevant.

Ne vous méprenez pas, Dark Knight Rises est un très bon film, je ne fais pas ma comics fan qui pense que tout ce qui n’est pas exactement comme dans la bande-dessinée est automatiquement de la merde, mais Bane dans le comics était tellement plus puissant et brillant. Un adversaire du calibre de Bruce Wayne au niveau intellectuel, un homme très éduqué et réfléchit. Le niveau de langage du Bane de Nolan reflète le personnage d’origine, mais la révélation à la fin que [spoiler] le cerveau de l’opération est Talia al Ghul et que Bane n’est que son sous-fifre brise toute la magie du personnage et l’éloigne totalement de son puissant équivalent sur papier glacé.

Aussi, j’étais TELLEMENT sous le charme de l’EXTRAORDINAIRE Catwoman d’Anne Hathaway que putain, Bane, c’était vraiment pas le centre de mon attention. Bref, je suis ressortie du cinéma avec zéro opinion sur Tom Hardy.

J’entends déjà les cris en arrière « Minute matante, tu dois t’être trompée, Tom Hardy est devenu populaire en amérique avec Inception, t’as sûrement vu Inception avant Dark Knight Rises? » Et bien, non chers lecteurs, je ne suis tombée sous le charme du duo Eames et Arthur (Hardy et Joseph Gordon-Lewitt) que bien plus tard.

Ma seconde rencontre avec Tom Hardy (et celle que je considère comme ma découverte de Tom Hardy) est arrivée totalement par hasard et, comme c’est souvent le cas pour les films qui arrivent par hasard dans une vie, ce fut une expérience superbe.

Un bon vendredi soir d’insomnie, je pitonnais allègrement quand le film de fin de soirée de SRC a attiré mon attention. J’étais à l’époque en pleine obsession sur la série Sherlock et le film mettait en vedette Bennedict Cumberbatch et ce fameux Tom Hardy dont mon cousin Georges parlais si cérémonieusement.

Stuart : une vie à l’envers (Stuart : A life Backwards)

Rôle : Stuart Clive Shorter.

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Le film date de 2007, regardez-moi ces deux baby-faces! Des petites jeunesses! On veut leur pincer les joues! (mais mettre une grosse couche de Purell après, dans le cas d’Hardy, vous allez comprendre si vous voyez le film).

Stuart est un petit film. Un très petit téléfilm, mais une expérience absolument merveilleuse. Le film (et le livre sur lequel il est basé) raconte une histoire vraie, celle de l’auteur (et narrateur du film) Alexander Marsters (Cumberbatch) qui, après que la directrice du centre d’aide aux gens de la rue où il travaille à temps partiel et son adjoint sont injustement condamnés de complicité de trafic de drogue, organise une campagne pour essayer de les faire libérer. Durant la première réunion, il fait la rencontre de Stuart, un sans-abri qui fréquente le centre et qui critique leur idée d’envoyer des livres aux prisonniers, parce qu’ils ne pourront pas les garder « ils ne rentreront pas dans la boîte!! ».

Stuart avertit Alexander qu’il a fait une grosse gaffe en mettant son adresse sur les pamphlets pour la campagne, parce « tu ne sais pas quel genre de bons à riens peuvent aller cogner à ta porte ». Le lendemain, Stuart fait exactement ce qu’il avait prédit, il cogne à la porte de la maison d’Alexander et la conversation qui suit entre les deux va mener non seulement à toutes les idées d’actions pour la campagne, mais aussi à une belle amitié entre ces deux hommes extrêmement différents.

Stuart Shorter a eu une vie de merde, alcoolique, drogué, abusé, battu, handicapé (il souffre de dystrophie musculaire), et emprisonné dans à peu près toutes les prisons juvéniles et adultes d’Angleterre, il a tout pour être suicidaire. Et suicidaire, il est.

J’ai regardé ce film avec fascination. Une histoire si simple, et pourtant si dure en même temps, avec une trame sonore enjouée et douce et des petites scènes animées pour couper tout le triste. On en ressort avec le cœur rempli de toute la merveilleuse complexité de Stuart Shorter, oui sa douleur, mais aussi ses moments de grande sagesse, quand il parles des seins de femmes « Je préfère un rebondi naturel, personnellement, et, s’ils tombent, et ben, ils tombent et c’est tout », et son honnêteté attendrissante et polie « Alexander vous a averti que je suis un alcoolique, un condamné de niveau trois et un voleur? Mais je ne causerai pas d’ennui, promis! Est-ce que je peux avoir une visite de la propriété s’il-vous-plaît? » On voudrait sauver le monde après avoir vu ce film, et on a de la peine et de l’espoir à l’instar d’Alexander.

Le film est disponible en sections sur YouTube, en anglais avec sous-titres anglais. Si l’accent et les expressions slang british ne vous font pas peur, je recommande fortement de voir Stuart : A life Backwards en version originale, mais la version française est très bien aussi.

La performance d’Hardy ici est époustouflante (je pense que je vais utiliser cette expression souvent!). Tout son corps est transformé par la maladie du personnage, sa voix, ses intonations, ses expressions, c’est tout simplement incroyable, pas une seconde on ne voit l’acteur sous le personnage. Stuart est une plaie vive sur deux pattes (physiquement et psychologiquement) et on voit Hardy souffrir son personnage à l’écran.

Tom n’est pas étranger aux démons qui habitent Stuart. Il a failli scrapper sa carrière naissante à coup de drogues et d’alcool dans les années 90, mais il est sobre depuis 2003 et c’est tant mieux.

Avertissement : le language de Stuart est très cru, il y a beaucoup de référence à la violence et une scène de crise en particulier qui est assez heavy (et ce fut ma première, mais pas la dernière, rencontre avec le zizi de monsieur Hardy).

Soyons positifs: Le Grand Visionnement 2015: Introduction

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous savez que, à l’instar de la grande Lindsay Ellis (aka The Nostalgia Chick) j’ai développé, depuis la sortie de Mad Max : Fury Road, une obsession pour l’acteur britannique Tom Hardy.

Je suis tout à fait prête à admettre que le monsieur me fait un certain effet physique, après tout mon idéal masculin est :

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Ah chéri! Tu me fais encore croire en un Dieu bienveillant qui m’aime…

Et Tom Hardy à l’air de :

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Sa machoire n’as rien à envier à celle d’Evans, et le col détaché… Excusez-moi, je dois aller faire un tour dans mon lit pour une sieste. Ouais, c’est ça… une « sieste »…

Force est d’admettre que, même si Chris Evans est le plus beau sans hésitation (et restera toujours mon numéro un), Hardy a plusieurs coches dans ma liste : Yeux pâles, regard intense, jolie bouche (les lèvres de ce gars me donnent faim), pas rasé à moins qu’il ne soit en tournage (j’ai zéro plainte contre la mode des lumbersexuals), des tatouages, et surtout (seul élément manquant à Chris Evans), il est britannique. Hello accent sexy à mort et tendance à utiliser un vocabulaire hyper recherché, matante ADORE!

Mais hormones mise à part, Tom Hardy est un des acteurs les plus talentueux sur la planète. Je dis un des, mais en fait, je pense que c’est LE MEILLEUR, point barre. Beaucoup d’acteurs de cette génération sont hyper talentueux : Evans n’a pas qu’un joli minois, vous n’avez qu’à regarder Puncture, The Iceman ou Snowpiercer si vous voulez la preuve, mais sa performance en tant que Steve Rogers/Capitaine America est déjà un tour de force. Cumberbatch est extraordinaire en Sherlock et dans tous ce qu’il fait. Hiddleston me donne régulièrement des frissons de joie par ses performances magnifiques. Charlie Hunnam m’a régulièrement brisé le cœur d’un seul regard dans Sons of Anarchy.

Mais Hardy est dans une catégorie à part. De la trempe de Gary Oldman, De Niro ou, pour les plus vieux, Marlon Brando (à qui beaucoup d’articles le comparent). C’est un caméléon, pur et simple, un artiste complet, et le voir jouer est une joie extraordinaire pour quiconque s’y connais un peu en jeu d’acteur.

Alors, j’assume ma fangirl et je vous présente un nouveau projet :

LE GRAND VISIONNEMENT TOM HARDY 2015.

Une série de critiques de différentes performances de Tom Hardy. De un, je peux m’exprimer sur ce qui me fait affirmer que ce mec est un génie dans son domaine, et de deux, je peux vous faire découvrir quelques films un peu moins connus, mais au combien excellents, mettant le dit-monsieur en vedette. Et si j’aime ça et que ça marche pas pire, on se fera peut-être des Grands Visionnements Chris Evans, Ellen Paige, Tom Hiddleston, Scarlett Johansson et Bennedict Cumberbatch.

Je vais glisser quelques notes biographiques sur Tom Hardy ici et là, parce que c’est un bonhomme fort intéressant dans la vraie vie, pas seulement à l’écran.

On va y aller dans l’ordre dans lequel je l’ai découvert. Entre un et trois films par billets, dépendant de combien j’ai à dire.

Promis, cette fois-ci, je vais le faire jusqu’au bout, pas comme avec la série Sophie Scaife (que j’ai toujours l’intention de faire, mais j’ai pas encore trouvé le format, probablement un recap à la façon Jenny Trout, ce qui serait approprié, puisque c’est elle qui est l’auteur!)

Les liens pour les différentes parties: (mis à jour au fur et à mesure des publications)

Partie un: L’ascension du Chevalier Noir / Stuart: Une vie à l’envers

Partie Deux: The Virgin Queen / Tinker, Tailor, Soldier, Spy

Partie Trois: Inception

Partie Quatre: Lawless/Mad Max: La route du Chaos

Partie Cinq: This Means War / Star Trek: Nemesis / Warrior

Partie Six: The Drop

Partie Sept: Locke

Partie Huit: Minotaur/Rock n’ Rolla

Partie Neuf: Bronson

TÉMOIGNEZ!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

J’essaie de ne pas me borner à être une activiste dénonciatrice. Il est absolument primordial de relever les instances de sexisme dans notre culture et de les mettre en lumière, car la misogynie intégrée et non-reconnue est la plus dommageable, mais de passer son temps à hurler à l’inégalité sans offrir d’alternative ne sert à rien.

Je me considère aussi comme généralement anti-censure. Je ne pense pas qu’on doive montrer n’importe quoi à n’importe qui, mais je suis d’avis que plutôt que s’acharner à interdire la violence et le sexe, il est plus important de discuter des œuvres de violence et de sexe et d’apprendre d’elles.

Par exemple, parce que je sais que certains d’entre-vous vont me dire que j’ai fait de la censure en encourageant les gens à ne pas aller voir le film de 50 nuances de bullshit, ce n’est pas l’œuvre en tant que telle que je trouve malsaine, même si elle est vraiment pourrie d’un point de vue artistique, mais le fait que tout le marketing, le fandom et l’auteure elle-même, s’acharnent à déclarer que c’est une histoire d’amour parfaite au-dessus de toute critique, alors que ce n’est ABSOLUEMENT pas le cas. Si E.L. James avait réagit aux membres de la communauté Kink qui lui disaient que son livre ne décrit pas une relation saine en disant « je le voyais plus comme une histoire d’amour entre une fille simple et un homme au passé traumatisant, mais je vois ce que vous me dites. C’est de la fiction, je me permets une certaine liberté créative » passe encore. Elle s’est plutôt planté dans une défense à tout prix de ses personnages, refusant qu’on décrive Christian Grey autrement que comme un héro romantique parfait et accusant les gens qui critiquaient son livre d’avoir des préjugés contre le BDSM. Laissez-moi être très claire : Elle accusait des PRATIQUANTS d’avoir des préjugés contre le BDSM, parce qu’ils lui ont dit que son livre n’était pas représentatif de leur réalité. C’est comme si j’écrivais un livre sur le Congo, et que j’accusais les congolais qui me disent que la vie au Congo n’est pas comme dans mon livre de racisme! Le niveau d’égocentrisme et de déni de la réalité dangereux est incroyable!

Arlette Cousture serait probablement la première à vous dire qu’Ovila Pronovost n’est pas un exemple de mari parfait, ça ne l’empêche pas d’être un fantasme. Un personnage n’a pas à être parfait, mais il faut reconnaitre ses failles et les utiliser afin de comprendre la réalité, c’est selon moi, l’utilité première d’une bonne fiction.

Mais revenons-en au sujet premier : de l’activisme positif. Si discuter des aspects problématiques d’une œuvre est une bonne chose, c’est une tactique incomplète. Il est aussi important de vous parler d’œuvres qui réussissent bien.

Et on en vient à Mad Max : Fury Road.

ALLEZ VOIR CE FILM.

TOUT DE SUITE.

C’EST UN CHEF D’ŒUVRE CINÉMATOGRAPHIQUE ET UN FILM CULTE.

OUI IL EST DÉJÀ UN FILM CULTE UNE SEMAINE APRÈS SA SORTIE.

Il y a deux semaines, suite aux visionnements de presse et la première du film à Cannes, certains analystes ont mentionné que Mad Max était un film féministe. Immédiatement, les tenants du mouvement MRA (Mens Rights Activists, des gens qui sont beaucoup plus occupés à essayer de détruire le féminisme plutôt que de promouvoir les droits des hommes) se sont mis à faire campagne pour encourager les gens à boycotter ce film de « propagande ».

Ils ont 100% tors à propos du film. Mad Max est bel et bien ce que je qualifierais d’un film féministe (et âge-positif aussi, on y reviendra) mais ce n’est absolument pas de la propagande. La raison première à ça est tout simplement qu’avant la sortie du film, George Miller, le réalisateur et scénariste, ne s’était même pas rendu compte que son film était féministe. Quand les premiers articles ont sorti, sa réaction a été en gros « Ah oui? Ah ben, regardes-donc ça, c’est vrai que c’est féministe comme film, j’y avais pas pensé, mais maintenant que vous le dites, ça ben de l’allure. » Si vous me permettez de revenir à l’exemple de Madame James plus haut, Miller ne s’est pas acharné à hurler qu’il avait fait un film de gars et que son film ne pouvait pas être féministe, il a bel et bien fait un film de gars, qui s’adonne à être aussi féministe, il a reconnu que ce n’était pas son intention, mais que vu d’un autre angle, c’était bien là. Ok, dans son cas, à moins d’être un MRA, de qualifier le film de féministe n’est pas négatif en soi, mais il est resté ouvert à l’interprétation que le public a fait de son œuvre malgré que ça n’ait pas été dans son intention première, et en ressort beaucoup plus intelligent et professionnel que E.L. James.

Attention, le fait que ce film soit féministe n’est pas ce qui en fait un film culte. Ce qui en fait un film culte c’est qu’il est brillant à TOUS LES NIVEAUX. Entendez-moi bien : Mad Max : Fury Road est visuellement PARFAIT. Le film est un joyau de montage, d’effets spéciaux (majoritairement réels, très peu de CGI comparé aux films d’action habituels) et d’action à couper le souffle non-stop. C’est 100 % un film de gars, avec un désert à perte de vue, de la gazoline, des armes à feux et des explosions. C’est une course-poursuite de 2h20 monté au quart-de-tour sans l’effet qui donne mal au cœur des montages rapides habituels. On ne perd rien de l’action, tout en ayant l’impression d’être sur un trip d’acide solide. Et tout ça avec une esthétique post-apocalyptique punk fucké au max.

Je sonne comme une pub, je le sais, ce n’est pas voulu, c’est juste ce que je pense. ALLEZ VOIR CE FILM. Une leçon de cinéma accessible au grand public.

Mais revenons-en au film féministe qui se cache dans toute cette masculinité.

Le gros avantage qu’a George Miller, c’est qu’il n’a absolument rien à prouver à qui que ce soit. À 70 ans, avec 15 films (dont tous les Mad Max et un de mes films préféré « Les sorcières d’Eastwick » avec Nicholson, Cher, Suzan Sarandon et Michelle Pfeiffer) et un Oscar à son actif (meilleur film d’animation pour « Les petits pieds du bonheur » il a aussi réalisé la suite et Babe 2 : un cochon dans la ville, on peut dire que le bonhomme est polyvalent) ses preuves sont faites depuis longtemps. Mad Max, c’est son bébé, personne d’autre n’y a touché contrairement à Ridley Scott et la série Alien qui est passée entre les mains de nombreux réalisateurs et scénaristes avant de revenir dans les siennes avec Prometeus. Miller peux donc faire de Max ce qu’il veut, personne ne peut lui imposer quoi que ce soit, exactement comme Georges Lucas avec les Star Wars (avant la vente des droits à Disney, évidemment).

Est-ce que George Miller est un féministe? Peu importe, franchement, je suis d’avis que se déclarer comme féministe est un choix personnel et Miller n’a pas fait de coming out, donc je ne le ferai pas à sa place. Mais disons que le fait qu’il ne se soit pas mis sur la défensive quand on a qualifié son film de féministe en dit long sur son avis sur l’égalité des sexes.

Alors, c’est quoi, au juste Mad Max? Comme la dernière fois que j’ai vu un des films de la série avant Fury Road date de mon secondaire (voire, probablement de mon primaire, bref, ça fait longtemps en calvaire) je suis allé consulter l’Oracle Wikipedia pour un résumé rapide :

Max Rockatansky (plus quétainement mâle comme nom, tu meurs) est un policier de la route dans une Australie dystopienne. À la suite d’une guerre contre une bande de motocyclistes (The Acolytes) Max perds sa famille et une bonne partie de sa santé mentale. Plus tard, à la suite d’une énorme crise énergétique et une guerre mondiale, l’Australie est devenue une contrée désertique et sauvage, où le pétrole et l’eau sont devenus des denrées rarissimes et précieuses. Max essaie de survivre dans ce monde post-apocalyptique du mieux qu’il peut et se trouve mêlé aux combats de différentes factions de survivants.

Il est un peu comme le Vagabond de la série télé. Il se promène, rencontre des gens, les aide, et repart de son côté. C’est ainsi depuis le deuxième film, Road Warrior. Max est le personnage principal de tous les films, mais il n’est le protagoniste que du premier. Il se mêle des histoires des autres, lui-même n’a plus d’histoire propre depuis la mort de sa famille.

Venons-en à Fury Road, le quatrième et plus récent film de la série. Max Rockatansky (sérieusement, ce nom est ridiculement macho, j’adore!), interprété ici par Tom Hardy, Mel Gibson n’ayant plus vraiment le casting pour ce genre de rôle, est devenu plus ou moins un hobo : cheveux longs et hirsutes, barbe en laine d’acier. Il parcourt le désert dans son supercharged V-8 Pursuit Special, son « char » (non ce n’est pas une voiture, cette bête magnifique est un « char » pur et dur, plein de pétrole et de testostérone) et dévore des salamandres à deux têtes vivantes (pas de temps à perdre à faire de la cuisine). Il est pris en chasse par un groupe de guerriers de la route, les War Boys qui sont l’armée de la secte d’Immortan Joe (les noms dans cette série, les amis, c’est de l’art kitch en soi, c’est magnifique). Les War Boys arrivent à capturer Max et après avoir découvert qu’il est O-, ils le rasent et l’emprisonnent pour servir de « poche de sang ».

L’Imperator (titre qui désigne un conducteur de char de guerre) Furiosa (Charlize Theron, cheveux rasés et graisse de moteur sur la moitié du visage) quant à elle, se prépare à diriger un convoi de ravitaillement pour aller chercher de l’essence et des armes pour Joe. Il profite de ce départ pour faire une cérémonie afin d’affirmer son autorité à ses fidèles. C’est dans cette séquence qu’on découvre, sans besoin d’exposition dans le dialogue, toute la répugnance du personnage : son apparence est loin d’être sexy, il a un contrôle complet sur l’approvisionnement d’eau de la populace et semble très heureux de les voir l’aduler et le prier pour un peu d’eau et se battre pratiquement à mort pour un seau ou un bol d’eau et ne mentionnons pas la « laiterie », c’est assez traumatisant (mais pas hyper violent, étonnamment, Joe ne semble pas avoir besoin de gore pour affirmer son autorité).

Lorsqu’il s’aperçoit que Furiosa dévie du chemin pour se rendre au point d’approvisionnement, Joe a une soudaine réalisation terrifiante : il court jusqu’à la porte coffre-fort de son harem et le trouve vide. Ses cinq « pondeuses », Capable, Toast the Knowing, The Dag, Cheedo the Fragile et The Splendid Angharad (j’ai regardé dans wikipédia pour les noms, je ne me souvenais honnêtement que des noms de Capable, Cheedo et Splendide dans la version française) ont disparu, et sur les murs, la raison : « we are not things » (nous ne sommes pas des choses) « Our babies will not be warlords » (nos enfants ne seront pas des seigneurs de guerre). Les femmes n’ont pas été kidnappées, elles se sont enfuies.

On a ici l’élément féministe de base : Leur départ n’est pas quelque chose qui leur arrive, Furiosa ne les a pas libérées, elles lui ont demandé de l’aide pour s’enfuir. Trop souvent les femmes subissent les événements dans un film. Les messages inscrits sur les murs du harem nous indiquent que les 5 épouses ont pris en charge leur destin. Miller a dit qu’en écrivant le scénario, l’idée première était la fuite des femmes. Il est venu à la conclusion qu’elles devaient être aidées par une femme, parce que  « the thing that people were chasing was to be not an object, but the five wives. I needed a warrior. But it couldn’t be a man taking five wives from another man. That’s an entirely different story. So everything grew out of that.”

Donc, le protagoniste du film est une femme, Furiosa. Et le trésor de la course-poursuite est un harem de concubines qui ont décidé de prendre la fuite.

Je ne vous raconterai pas le reste du film, parce que je veux que vous alliez le voir mais laissez-moi vous parler de petits moments qui soulignent mon point :

  • Le film est à propos d’esclaves sexuelles, mais il n’y a pas de scène de sexe.
  • Il n’y a pas d’histoire d’amour, une petite relation de tendresse entre deux personnages, mais pas de Romance avec un grand R. Le moment le plus tendre est un rapide baiser sur une joue.
  • Max démontre son appréciation face au courage et aux capacités de Furiosa et des concubines. Pas dans des gros discours appréciatifs soulignés en gras, mais par un hochement de tête, un mini grognement, un regard ou un rapide pouce levé. Pas de «  tu te débrouilles bien pour une fille » juste « tu te débrouilles bien ».
  • Aucun des personnages féminins ne fait de yeux doux à Max, aucune ne fait montre du moindre intérêt pour son aura Mâle. Et quand tu as la face de Tom Hardy, ça relève de l’exploit…
  • Max, à plusieurs reprises, laisse le contrôle à Furiosa, il n’essaie pas de prendre le lead du convoi, il fait sa part et ne s’ingère pas dans les décisions du groupe. Il ne se laisse pas bosser, il n’est pas soumis, il est simplement pragmatique. Je vous réfère au génial Tumblr Feminist Mad Max pour des exemples concrets.
  • Quand il leur propose un plan vers la fin du film, il le PROPOSE, et il les laisse décider.
  • Il y a 5 concubines, ce sont des esclaves sexuelles, leur seule valeur, aux yeux d’Immortan Joe et de ses Warriors, est leur capacité reproductive. Mais le mot pute n’est pas utilisé une seule fois dans tout le film.
  • Il y a des personnages de femmes âgées dans le film, personne, à aucun moment, n’a de commentaire sur leur âge ni de doutes sur leurs capacités. Ce film est age-positive. L’employée du Secrétariat aux aînés que je suis s’en réjouit énormément.

Bref, les interactions entre les personnages ne sont pas dictées par leur genre ou leur âge. Les sexes sont égaux. Et c’est ça le féminisme. Hommes et femmes égaux, ni plus, ni moins.

Encore une fois, c’est 100% un film de gars. Action mur à mur, véhicules hyper boostés, héros musclé qui s’exprime majoritairement en grognements, esthétique punk post-apocalyptique, armes à feux, moto cross, et femmes légèrement vêtues (ce sont, après tout, des esclaves sexuelles, quoique j’ai vu beaucoup de mamelons pointus pour des filles en plein désert… lol)

Bref, je surveilles attentivement Amazon pour précommander ce film en Blue-Ray , et je vais l’enfoncer dans la gorge de tous ceux qui me diront que le féminisme hait les hommes et que les féministes essaient de tuer la masculinité.

La toujours fascinante et merveilleusement intelligente Lindsay Ellis a fait un mini épisode de sa série Losse Canon pour parler de l’évolution du personnage de Max. Excellent vidéo à voir si vous comprenez l’anglais.

Recommandations pour éducation d’amateurs de cinéma et de télé.

Un quickie ce matin pour vous parler de culture visuelle. Je suis une MANIAQUE de cinéma et de télé. Le cinéma et la télé sont des formes d’art à part entière et peuvent être appréciés de tellements de manières différentes.

Ce matin, j’ai revisoné Watchmen, avec ce montage en ouverture où Zach Snyder maîtrise la synthèse et le langage visuel de façon absolument époustoufflante. Dire que c’est ce même réalisateur qui a transformé Superman en dépressif, moi qui croyais qu’il était bon en adapatation. Il a bien adapté Watchmen, parce que Watchmen n’est pas une histoire optimiste, point final. Au moment où je tapais ceci sur Facebook, j’ai repensé à certains commentaires que j’ai souvent entendus de gens qui ne sont pas des amateurs de culture populaire.

Pour ma part, j’aime autant les films d’Auteurs que le cinéma Grand-Public. Et je pense que les deux ont la même valeur. Il y a des chef-d’oeuvres et des navets dans les deux genres.

Je vous donne aujourd’hui une liste d’intervenants sur le net qui analysent des films. Ils ont tous des points de vue différents et c’est la somme de ces points de vue qui rendent mon appréciation des mes expériences cinématographiques et télévisuelles tellement plus riches.

Et ils sont tous très amusants.

En français:

Le Fossoyeur de film:

https://www.youtube.com/channel/UCwbV8cTR4yBgFdfa_BXV2OA

Avec sa fidèle pelle Mimine, Le Fossyeur déterre et autopsie les grand films du cinéma de genre (surtout de la science-fiction).

Commencez par: Sa vidéo sur Dune ou celle sur l’Échelle de Jacob.

Le cinéma de Durendal:

https://www.youtube.com/channel/UCcliHNE38fJ4n4gYYB0TCQw

À VOIR ABSOLUMENT!!!!!!!!!

Dudu est un diplomé d’une école de cinéma et ils vous explique, dans les détails, toutes les décisions de réalisation de grands, et moins grands, films. Gardez une oeil sur les vidéos de la série « Pourquoi j’ai raison et vous avez tort »

Commencez par: au choix, la rétrospective Alien, Twilight ou celle d’Harry Potter. Dudu compare les différents styles des réalisateurs de ces séries, c’est fascinant.

En anglais:

Brows Held High:

http://blip.tv/brows-held-high

Kyle Kallgren se spécialise dans le cinéma d’auteur. En plus de sa série de base, qui analyse les film « pour snobs » et nous explique qu’ils ne sont pas inaccessibles et que non, ils ne sont pas par défaut meilleurs, ils ont leur navet aussi, Kyle a trois mini séries :

How to speak movie: qui parle de techniques de cinéma.

Shakespeare Month: tous les ans, débutant le jour de l’anniversaire du Barde (en retard cette année, mais sur le point de débuter) il parle d’adaptations cinématographiques des pièces de Will.

Between the lines: Ma série préférée, qui parle de symbolique et d’archétypes dans la culture populaire. Sa vidéo sur Batman et la chauve-souris, Honey Booboo et les freakshow et celle des différentes idéologies des Avengers sont absolument géniaux.

Renegade cut:

http://blip.tv/renegadecut

Leon Thomas est extrèmement intelligent. Non, sérieux, il est VRAIMENT hyper intelligent. Un peu comme Durendal, il vous décortique un film et vous fait voir le tout sous un jour totalement différent et vous allez courrir revoir le film pour constater de vos yeux les découvertes.

Commencez par: Mulholland Drive ou Clockwork Orange. Mind.Blown.

The Count Jacula Show:

http://blip.tv/countjackula

Jack Chen se spécialise dans les films d’horreur. Ici, je précise qu’il n’est absoluement pas nécessaire d’avoir vu les films ou d’être des fans du genre pour regarder les vidéos de ces intervenants. À travers les analyse de Jack, vous découvrirez la position privilégiée du récit d’horreur pour parler de la situation sociale du monde dans lequel ils ont été créés.

Commencez par: Sa double feature sur I spit on your grave.

Je vous laisse avec la catchphrase de Durendal: Prenez soins de vous, allez voir des films!